PRATIQUES INTERNATIONALES DE DISCRIMINATION

Les Canadiens francophones,
des citoyens de seconde zone à l’étranger

Lettre ouverte à l’Honorable John Baird, ministre des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement du Canada

Par Yanic Viau
9 juillet 2013
L’auteur est enseignant et habite à Montréal.

À l’occasion d’un récent voyage en Équateur, j’ai eu la désagréable surprise de constater que les services consulaires canadiens ne respectent pas la Loi sur les langues officielles et ne sont pas en mesure de garantir aux citoyens canadiens francophones un service minimal dans leur langue.

Ayant perdu mon passeport pendant mon séjour, j’ai dû entreprendre des démarches fastidieuses auprès du consulat du Canada à Guayaquil (la métropole du pays) pour obtenir un nouveau passeport. J’ai été confronté tout au long de ces démarches à des situations où le personnel consulaire était incapable de formuler quelques mots que ce soit en français.

Ainsi, le service d’assistance consulaire du consulat à Guayaquil, au téléphone et en personne, n’était disponible qu’en anglais et en espagnol. Le personnel s’est justifié en expliquant qu’il ne s’agissait
« que » d’un consulat honoraire et non d’une ambassade.

Lors du contrôle de sécurité obligatoire à l’ambassade du Canada à Quito, où je devais récupérer mon nouveau passeport, la gardienne de sécurité ne s’exprimait qu’en anglais et en espagnol. Elle a cru justifier sa situation en invoquant le fait qu’elle n’était qu’une employée d’une firme privée agissant comme sous-traitant.

Le comble : la préposée qui m’a reçu au comptoir d’accueil de l’ambassade, à l’endroit même où se trouvait une affichette bleue traditionnelle indiquant la possibilité dans les deux langues officielles, ne parlait pas un traitre mot dans la langue de Molière. Elle était même incapable de me dire en français le numéro du guichet où je devais me présenter (le numéro 1, pour la petite histoire). Sa pseudo-excuse : elle exerçait sa fonction à titre de « remplaçante temporaire » (sic).

Bref, peu importe la situation, il semblait toujours y avoir une bonne excuse pour justifier l’absence de services en français. Mais en aucun cas, les prétextes invoqués ne justifient les manquements flagrants à la lettre, ou du moins à l’esprit, de la Loi sur les langues officielles, ainsi que l’irrespect et l’humiliation dont j’ai été victime comme francophone, condamné à me débrouiller en espagnol ou en anglais pour obtenir mon passeport. On ne peut plus parler ici de cas isolés ou accidentels. Il s’agit clairement d’un problème structurel. Recourir au secteur privé pour assurer la sécurité de l’ambassade ou encore aux services d’un « consul honoraire » (qui est généralement un citoyen du pays, et non un Canadien) pour représenter le Canada relève peut-être de la gestion interne, mais en aucun cas cela ne peut justifier la discrimination envers les Canadiens francophones. Des cours de français, cela existe en Équateur, on peut même en suivre le soir après le travail. Dois-je vous dire combien il était insultant, dans ces conditions, de verser les droits de remplacement de passeport de 227,50 $ qui m’étaient exigés par l’ambassade?

En tant que ministre des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement, trouvez-vous acceptable une telle situation acceptable? Accepteriez-vous des manquements similaires envers la langue anglaise dans une ambassade ou un consulat du Canada? Il me semble que poser la question, c’est y répondre. Sachez que ce genre de situation ne contribue en rien à renforcer le sentiment d’attachement des citoyens canadiens de langue française envers le Canada. En d’autres termes, cela nuit à « l’unité nationale ».

Quelles mesures entendez-vous donc prendre pour remédier à cette discrimination et éviter que celles-ci se reproduisent à l’avenir? J’attends impatiemment vos réponses et surtout, j’attends une intervention énergique de votre part auprès de l’ensemble des missions diplomatiques canadiennes.

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Adresses utiles :

John Baird, John.baird@parl.gc.ca
Commissaire aux langues officielles, comm@OCOL-CLO.GC.CA