LA BILINGUISATION DU RÉSEAU SCOLAIRE

L'aut' journal

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La bilinguisation du réseau scolaire

À propos de l’implantation du programme d’anglais intensif en 6e année

par Pierre Dubuc

La ministre de l’Éducation Marie Malavoy vient de donner son accord à l’implantation de l’anglais intensif en 6e année dans les écoles francophones du Québec, reprenant à son compte le projet tant décrié de Jean Charest.

Cependant, à la différence du gouvernement libéral qui prévoyait un programme « mur à mur », Mme Malavoy fait de l’implantation de l’anglais intensif en 6e année une décision locale, relevant de chaque conseil d’établissement.

Pour justifier sa décision, Mme Malavoy déclare s’appuyer sur le programme du Parti Québécois et sur les décisions des deux fédérations d’enseignants, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) et la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Que dit le programme du Parti Québécois?

Le programme du Parti Québécois stipule qu’un gouvernement du Parti Québécois « favorisera l’apprentissage de l’anglais en recourant à la pédagogie la plus efficace qui soit dans l’enseignement intensif à un moment de la scolarité où l’acquisition du français est confirmée, c’est-à-dire à la fin du primaire ou au début du secondaire ».

Mais, vérification faite auprès des participants qui ont débattu de cette question en atelier lors du congrès, il n’a jamais été fait référence au programme d’anglais intensif du Parti libéral.

Par « enseignement intensif », on visait plutôt à déplacer vers « la fin du primaire ou au début du secondaire » les heures actuellement consacrées à l’apprentissage de l’anglais en 1e et en 2e années du primaire.

D’autre part, si les organisations syndicales avaient proposé de remettre la décision de l’implantation de l’anglais intensif en 6e année à chaque conseil d’établissement, c’était comme mesure défensive contre la politique du gouvernement Charest et dans la perspective de contrer cette politique, établissement par établissement.

Un « objectif nouveau »

Dans une lettre envoyée à la FSE-CSQ, le ministère de l’Éducation décrit les orientations qui serviront à renforcer l’apprentissage de l’anglais, langue seconde, en disant qu’elles visent « d’abord un objectif nouveau ».

Cet « objectif nouveau » est présenté comme « l’apprentissage de l’anglais, langue seconde, de manière à ce que les élèves, à leur sortie du secondaire, aient atteint un niveau fonctionnel pour l’utilisation de cette langue dans des situations de la vie courante, c’est-à-dire s’exprimer avec assurance, spontanéité et aisance, et se faire comprendre et comprendre sans difficulté par un locuteur anglophone ».

Cet « objectif nouveau » est non seulement beaucoup plus ambitieux, mais également fort questionnable.

« S’exprimer avec assurance, spontanéité et aisance » en anglais est-il réaliste et nécessaire pour l’ensemble des étudiants? Peut-il être atteint sans une bilinguisation du réseau scolaire primaire et secondaire? Peut-il être atteint sans compromettre l’apprentissage des autres matières?

Pour un examen approfondi de la question

Évidemment, nous sommes favorables à une meilleure acquisition de l’anglais (et d’autres langues) par les étudiants québécois, mais il faut faire attention à ce que cette recherche du bilinguisme individuel ne se transforme en bilinguisation du réseau scolaire et de l’ensemble de la société.

Déjà, la structure de la répartition entre l’anglais et le français dans le réseau scolaire est fort inquiétante. Le réseau scolaire anglophone du primaire et du secondaire accueille 11% des élèves, le réseau collégial anglophone 18% des étudiants et les universités anglophones accueillent 23% des effectifs universitaires.

Pour approfondir la réflexion sur cette question fondamentale, nous vous proposons une série de textes.

D’abord, un article du groupe Impératif français qui a été le premier à sonner l’alarme sur la place publique à propos de l’enseignement de l’anglais intensif en 6e année.

Deuxièmement, un texte de Frédéric Lacroix qui décrit, à partir d’un exemple concret, comment sont prises les décisions sur l’implantation de l’anglais intensif par les conseils d’établissement.

Troisièmement, un texte de Charles Castonguay qui présente les résultats d’une méga-recherche effectuée en Angleterre sur l’apprentissage d’une langue seconde au primaire. Une analyse importante alors que le gouvernement s’engage à réaliser avec l’École nationale d’administration publique (ENAP) un bilan relatif à l’enseignement de l’anglais en 1e et 2e années du primaire.

Enfin, un texte fondamental, à lire absolument, du sociolinguiste Paul Daoust, sur le bilinguisme et l’assimilation en douce.

Bonne lecture !

Enseignement intensif en anglais en 6e année : moratoire réclamé
Il apparaît complètement déraisonnable, voire aberrant, d’implanter cette mesure sans véritable débat public
par Impératif français

Anglais intensif en 6e année
Compte-rendu d’une réunion d’un conseil d’établissement
par Frédéric Lacroix

Le Parti Québécois et l’anglais mur à mur en 6e année
À propos de l’enseignement de l’anglais au primaire
par Charles Castonguay

Le bilinguisme et l’assimilation en douce
Le moyen le plus intelligemment efficace de faire disparaître une langue est de rendre les locuteurs minoritaires bilingues
par Paul Daoust, linguiste