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Mémoire d’Impératif français : la « primauté du français » sévèrement critiquée

Robert Bourassa aurait défendu le français, seule langue publique commune au Québec  

Impératif français se dit globalement en accord avec les grands principes la Charte de la laïcité du gouvernement Marois.

Toutefois, Impératif français considère qu’il existe une divergence de taille entre le principe de « primauté du français » promu dans la Charte et le principe de « seule langue publique commune » qu’ont défendu depuis toujours les gouvernements québécois pour soutenir la langue française.

La primauté signifie seulement que le français est prépondérant au Québec, une réalité démographique évidente, mais une réalité économique tout à fait inverse. Si la primauté du français doit être reconnue, l’anglais doit être également reconnu, réalité économique oblige. C’est ce en quoi le projet de loi 60 élève de facto l’anglais au titre de langue commune.

De fait, les auteurs du projet de loi 60 auraient pu écrire que le français est prépondérant – et nul ne le niera de toute façon –, tandis que l’anglais, lui, est dominant. L’État québécois considère comme normaux sa propre bilinguisation, l’exigence de plus en plus fréquente de l’anglais en matière d’embauche, la médiocrité croissante des services privés et publics offerts en français, un partage de plus en plus aléatoire des ressources financières de l’État entre deux réseaux d’institutions publiques, etc. Cette situation s’accompagne d’un laisser-aller en matière de soutien à la langue française. Une perspective à laquelle ne peut souscrire Impératif français. L’État québécois a pour tâche de soutenir et de promouvoir la langue française, de défendre cette langue contre la concurrence de l’anglais.

robert bourassaJean-Paul Perreault, président d’Impératif français, n’hésite pas à citer Robert Bourassa qui, par deux fois, a mis sa « tête sur le billot » pour défendre l’idée du français langue publique commune. En 1974, il fit effectivement adopter par l’Assemblée nationale une loi faisant du français la seule langue officielle du Québec. Ce faisant, M. Bourassa avait suscité à l’époque la colère de son électorat anglophone. Ce dernier avait alors boycotté le Parti libéral du Québec et reporté son vote sur l’Union nationale, précipitant la défaite de son gouvernement et la victoire surprise du Parti québécois.

De même, en 1988, Robert Bourassa a de nouveau eu à choisir son camp. À la suite d’un jugement défavorable de la Cour suprême du Canada envers l’affichage unilingue français, M. Bourassa a fait adopter la loi 178 qui avait, à l’époque, rétabli l’affichage unilingue français à l’extérieur des commerces. Or il dut le faire en utilisant une disposition de dérogation, dite « clause nonobstant » de la Charte canadienne des droits et libertés. Ce geste n’a pas manqué de susciter à nouveau une vive colère dans son électorat anglophone. Cette fois, ce sont les Unity Party et Equality Party qui l’ont menacé de la défaite. M. Bourassa est néanmoins allé de l’avant et s’est présenté devant l’électorat en 1989. La victoire l’attendait.

Outre l’honneur et le patriotisme, la nécessité de soutenir le français reste aussi vive en 2011 qu’elle ne l’était en 1971. De fait, la prépondérance de l’anglais en matière économique repousse toujours le français au rang de langue seconde. Alors que la minorité anglo-québécoise ne représente que 3,5 % de la population du Québec, la part des ressources publiques qui lui sont allouées est clairement disproportionnée. Qu’il s’agisse des emplois dans la fonction publique dont la langue principale de travail est l’anglais, du financement déséquilibré des universités, des subventions aux chaires de recherche, dont McGill et Concordia raflent le tiers, ou encore de la construction du méga-hôpital de l’université McGill, tous les indicateurs montrent la primauté de l’anglais.

En 2011, la communauté francophone demeure moins scolarisée, davantage concentrée dans les industries et les professions les moins payantes. Si ses revenus ont augmenté, c’est surtout parmi les francophones qui travaillent dans les institutions anglaises et les entreprises étrangères, trop grandes pour une minorité anglo-québécoise de 250 000 personnes (168 000 personnes à Montréal). Les pénuries d’employés sont telles que ces institutions et entreprises se voient obligées de recruter en masse chez les francophones, les allophones, les immigrants, les Canadiens venus des autres provinces. Et comme on sait que les soldes migratoires interprovinciaux du dernier demi-siècle ont été massivement constitués d’anglophones, on comprend aisément que les politiques linguistiques, les politiques d’immigration et d’intégration ont été impuissantes pour préserver le caractère français du Québec. On comprend aussi qu’il y a échec quant à retenir ces populations le plus souvent bilingues et formées, prêtes à produire.

Si les francophones bilingues sont dorénavant au sommet de la division culturelle du travail, ils le doivent principalement au fait qu’ils travaillent dans les institutions anglaises, s’anglicisant et anglicisant leurs autres compatriotes, et non parce que le marché du travail favorise les entreprises de langue française. Quant aux substitutions linguistiques vers le français, qui se produisent normalement avant l’arrivée au Québec, elles se heurtent au tissu économique québécois massivement favorable à l’anglais. Les jeunes enfants d’immigrants, élevés directement en anglais et en principe obligés de fréquenter les écoles primaires et secondaires françaises, ne présentent à peu près aucune substitution linguistique en direction du français. Échecs, échecs, échecs.

En s’en tenant au laisser-aller comme mode de gestion des relations anglophones-francophones, en refusant d’intervenir et en se gargarisant d’une pseudo-primauté du français, le gouvernement du Québec se trouve à leurrer ses citoyens et à financer lui-même l’anglicisation de sa propre population au lieu de la protéger.

Pour Impératif français, le message doit être clair : le Québec n’a qu’une seule langue publique commune, et c’est le français. C’est ce que la Charte de la laïcité ne dit pas, et qu’elle devrait pourtant dire haut et fort, à l’instar de Robert Bourassa et de tant d’autres premiers ministres du Québec.

 

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