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Line BeauchampImpératif français remet son travail sur le métier et presse le gouvernement Charest de démontrer en quoi l’enseignement intensif de l’anglais en sixième année du primaire est une mesure incontournable pour l’ensemble des petits Québécois.

Dans l’état actuel des choses, il apparaît à Impératif français que la décision d’enseigner l’anglais de manière intensive n’est qu’une politique improvisée, un bricolage électoraliste d’un gouvernement prêt à s’accrocher à n’importe quoi pour continuer à détruire le tissu social et à s’attaquer à ce qui fait de nous un peuple distinct en Amérique du Nord. Cette mesure ne vise qu’à favoriser quelques intérêts particuliers.

Le gouvernement n’en est pas à sa première mesure anglicisante. En effet, des investissements massifs ont été faits dans l’enseignement de l’anglais depuis une dizaine d’années. Imperceptiblement, le gouvernement a augmenté l’importance de l’anglais en adoptant tout d’abord son enseignement en troisième année du primaire, qu’il a étendu par la suite à la première année du primaire. Pour couronner le tout, le gouvernement Charest a récemment fait adopter l’enseignement intensif de l’anglais en sixième année du primaire, et permis le système des écoles passerelles, où l’un des enfants d’une famille peut dorénavant accéder à l’école anglaise publique après un bref séjour dans une école privée non subventionnée, ce qui donne ensuite le droit à toute la fratrie et à tous les enfants de ces enfants d’étudier en anglais.

Or sur quoi s’appuient ces politiques? Quelle est la justification scientifique étayant une telle extension de l’enseignement de l’anglais dans une société aussi vulnérable sur le plan linguistique que le Québec en Amérique du Nord? Une société où la connaissance de la langue seconde, l’anglais, est déjà parmi les plus élevées au monde, mais où la connaissance des autres langues demeure nettement plus modeste! Si la réponse à cette question est de la même eau que le diagnostic posé par le gouvernement libéral à l’égard de la situation de la langue française au Québec, les citoyens ont grandement raison de s’inquiéter de l’imposition des présentes orientations.

Mais il y a plus. À la suite des renforcements progressifs de l’enseignement de l’anglais dans les écoles primaires québécoises et de la demande accrue d’établissements d’enseignement de langue anglaise (favorisée notamment par la suppression des politiques de sélection des immigrants au Québec au moment où le gouvernement a commencé, en 2007, à permettre que le critère de sélection relatif à la connaissance du français ne soit plus obligatoire, ainsi que le désiraient les universités anglaises et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain), les citoyens sont en droit de se demander ce que sera la prochaine étape du gouvernement libéral actuel. Tout nous indique que l’on doit dorénavant craindre le retour au libre choix de la langue d’enseignement pour tous les enfants de parents québécois. Autrement dit, nous pourrions bientôt voir l’anéantissement de l’une des dernières mesures significatives de protection de la langue française en matière d’instruction contenues dans la Charte de la langue française, qui garantit à tous les Québécois le droit de construire et de voir s’épanouir une société ayant le français comme langue d’usage commune. Clairement, le gouvernement libéral actuel menace l’avenir du Québec français.

Ce renforcement de l’enseignement de l’anglais au primaire pose des questions de première importance. Comment peut-on en effet isoler l’enseignement de l’anglais de l’enseignement de la langue française et de la situation du français dans les contextes canadien et nord-américain? De plus, les avis divergent grandement quant à la pertinence d’enseigner une langue seconde au primaire, a fortiori dans un contexte tel que le nôtre. L’enseignement d’une langue seconde est inextricablement lié à l’enseignement de la langue maternelle, si bien que l’évaluation de la pertinence de l’enseignement de la langue seconde doit nécessairement être liée à la réussite de l’apprentissage de la langue maternelle. Les succès associés à l’enseignement d’une langue seconde avant le secondaire ne sont eux-mêmes pas démontrés. Rien, dans la situation actuelle, ne nous permet de croire que le gouvernement libéral tient compte de ces éléments dans les choix qu’il nous impose pour nos enfants.

Le choix de l’enseignement intensif de l’anglais en sixième année soulève la question de la valeur accordée aux autres matières. Il est inquiétant de voir, dans la rhétorique gouvernementale, que les mathématiques, la géographie, les sciences et l’activité physique, par exemple, sont reléguées au rang d’« autres matières » non prioritaires devant l’anglais.

Bref, la pertinence de l’enseignement intensif de l’anglais en sixième année, compte tenu des exigences de survie qui sont les nôtres, n’apparaît pas démontrée aux yeux d’Impératif français. Que l’on puisse s’attendre à des impacts anglicisants ne semble pas effleurer l’esprit des décideurs actuels! Quelles répercussions l’enseignement intensif de l’anglais aura-t-il sur les enfants qui, souvent, ne maitrisent pas leur propre langue maternelle? Qu’adviendra-t-il des enfants d’immigrés ou immigrants eux-mêmes (voire de leurs parents), toujours plus nombreux et plus anglotropes, dont les besoins d’apprentissage du français sont encore plus grands? On attend encore des réflexions valables qui puissent déboucher sur des démonstrations convaincantes.

En conclusion, au Québec, les politiques d’enseignement des langues doivent aussi se préoccuper du français! Qu’il est extraordinaire d’avoir ainsi à le répéter ! Cela montre bien l’indigence de notre système politique  puisque la minorité historique nationale ne compte plus que pour environ 3 % de la population québécoise !

Adresse utile :

Madame Line Beauchamp
Ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport
line.beauchamp@mels.gouv.qc.ca

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Source :
Impératif français
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