LA SAINT-JEAN-BAPTISTE

Défilé de la Saint-Jean-Baptiste vers 1936, devant le restaurant Richard, rue Saint-Pierre, coin Saint-André. (Source : Fonds Aimé-Despatis, Archives Lanaudière)

Défilé de la Saint-Jean-Baptiste vers 1936, devant le restaurant Richard, rue Saint-Pierre, coin Saint-André. (Source : Fonds Aimé-Despatis, Archives Lanaudière

Un Brin d’histoire

Claude Martel

Vendredi 15 juin 2012

La Saint-Jean-Baptiste

Fête nationale du Québec, ou fête de la «Saint-Jean» pour les plus traditionalistes : cette journée festive déborde largement l’histoire nationale du Québec, ses origines remontant aux anciennes fêtes païennes vouées au solstice d’été.

Les origines

Nos connaissances historiques nous permettent d’affirmer qu’il y a plus de 2000 ans, les peuples du Moyen-Orient et d’Europe célébraient une fête païenne du solstice d’été par un grand feu de joie, symbolisant la lumière qui était à son apogée. On célébrait le tout le 21 juin. Les peuples celtes et les Germains (Allemands) dédiaient également cette célébration à la bénédiction des moissons. Le culte du feu associé au solstice d’été se retrouvait aussi en Chine, en Turquie, chez les Incas et même dans les rituels vaudou.

Avec l’arrivée du christianisme, on a assimilé la fête du solstice d’été ou du soleil à celle de la Saint-Jean-Baptiste, instituée le 24 juin. Les deux événements symbolisant la thématique de la lumière, l’Église la récupéra en faveur de Jean «le baptiste», cousin de Jésus, qui, par le baptême du Christ, marquait le début de sa vie publique. Puisque le baptême revêtait également un symbole de passage vers la lumière, la lumière divine cette fois, la fête païenne devint rapidement une fête religieuse auprès des catholiques. La tradition du feu de joie fut maintenue.

Au Moyen-Âge, la France conserve la tradition du feu de joie pour célébrer la naissance de saint Jean-Baptiste. C’est ainsi que la tradition voulait que la nuit du 23 au 24 juin, le roi de France allume le feu de la Saint-Jean, ce qui constituait une fête très populaire.

La fête en sol québécois

Les premiers colons implantés en Nouvelle-France vont tout simplement poursuivre la tradition. Le livre «Relation des Jésuites» mentionne que dès 1636, cette coutume est en vogue à Québec, car ce 24 juin, le gouverneur fit tirer cinq coups de canon pour souligner l’événement. Le premier feu de la Saint-Jean se fit à Québec en 1638, la bourgade compte alors 200 habitants. Les feux donnaient prétexte à la danse et aux chants.

Notre patrie était alors sous le patronage de saint Joseph, mais sa fête était célébrée en mars, soit une période peu propice aux réjouissances collectives. On ne sait pas trop pourquoi saint Jean-Baptiste en vint à être considéré comme le patron des Canadiens français. On raconte que le prénom Jean-Baptiste était très commun au pays; c’est un fait, mais on peut aussi prétendre que comme on célébrait déjà la fête religieuse de la Saint-Jean-Baptiste, cette longue journée du début d’été avait tous les atouts nécessaires pour en faire une fête «nationale». C’est ainsi que le journaliste, homme politique patriote, Ludger Duvernay(1) et quelques membres de l’élite montréalaise mirent sur pied, en 1834, l’Association Saint-Jean-Baptiste (devenue la Société SJB en 1914). Pour l’occasion, Duvernay choisit le 24 juin pour organiser un grand banquet de fondation. Son objectif était d’unir les Canadiens de l’époque dans un même sentiment national qui conduirait à une réforme politique du pays. Le banquet réunissait francophones et anglophones désireux d’améliorer le sort du peuple. Pour l’occasion, des chants patriotes furent interprétés; Georges-Étienne Cartier chanta «Ô Canada! Mon pays! Mes amours!» À partir de ce moment, la fête traditionnelle issue de nos ancêtres français devint la première célébration patriotique du peuple canadien-français. D’ailleurs, le journal «La Minerve» cite dans son édition du 26 juin 1834 : «Elle sera célébrée annuellement comme fête nationale et ne pourra manquer de produire les plus heureux résultats.»

Bien que les autorités britanniques interdisent cette fête en 1838, lors de la rébellion des patriotes, la volonté manifeste du peuple de célébrer reprit dès 1842. Cette fête annuelle prit de plus en plus d’ampleur. D’ailleurs, dès 1842, un défilé est organisé dans lequel on retrouve un jeune garçon aux cheveux bouclés personnifiant saint Jean-Baptiste accompagné d’un mouton (d’où l’allusion péjorative de comparer le peuple québécois aux moutons?). Cette tradition se perpétua jusqu’à la fin des années 1960.

À la fin du 19e siècle, des célébrations d’envergure s’ajoutent aux traditionnels feux de joie. Dans les grandes villes, l’on pavoise les rues où circule un grand défilé : bannières, fanfares, chars allégoriques, arcs de triomphe décorés, drapeaux et banderoles font partie de la fête.

Le 24 juin 1880, le compositeur Calixa Lavallée fit entendre pour la première fois les paroles écrites par Basile Routhier, «l’hymne national du Canada français, le Ô Canada». L’hymne fait sensation au point où il est repris, en 1908, par Robert Stanley Weir qui produit une version pour le Canada anglais. Ce n’est toutefois que le 1er juillet 1980 que le gouvernement fédéral l’adopta officiellement comme hymne national.

Malgré son caractère patriote, la fête revêt une signification profondément religieuse. D’ailleurs, en 1908, le pape Pie X proclame officiellement saint Jean-Baptiste comme patron de la nation canadienne-française. En 1925, le gouvernement du Québec déclara le 24 juin comme congé férié, venant confirmer l’importance de cette fête «nationale» du peuple québécois. C’est alors l’époque où les défilés de la Saint-Jean adoptent des thèmes qui mettent en évidence le peuple et les héros mythiques du Québec.

La fête nationale à l’ère moderne

La Révolution tranquille des années 1960 apporte une profonde mutation de la société québécoise. La dimension religieuse de la fête s’estompe, puis disparaît au profit d’une dimension purement politique et patriotique. La «Saint-Jean» donne lieu alors à de grands rassemblements populaires. Au traditionnel feu de joie qui est maintenu s’ajoutent feux d’artifice, fêtes familiales et de grands spectacles mettant en vedette les artistes les plus en vogue au pays. Le Mont-Royal (puis le parc Maisonneuve) et les Plaines d’Abraham deviennent de lieux de rassemblement national. Villes et villages des régions ne sont pas en reste; des événements sont organisés dans les moindres recoins du Québec, ainsi que dans les principales villes francophones du Canada.

Au cours des années 1970, la fête devient très patriotique, voire purement politique, mêlant aux festivités le rêve d’indépendance! Avec l’échec du référendum de 1995, la fête prend une autre tournure, ouvrant la porte aux différentes communautés culturelles à se joindre à la majorité francophone afin de célébrer un Québec nouveau où chacun trouve sa place.

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(1) Ludger Duvernay fut également député du comté de Lachenaie, élu sans opposition en 1837.


Source : Fonds de recherche de l’auteur sur l’histoire religieuse et nationale du Québec, dont plusieurs éléments d’information figurant sur le Web.

http://www.larevue.qc.ca/chroniques_un-brin-histoire-n23641.php

Bonne Fête nationale!

Claude Jean

Chevalier de St-Véran

http://www.regimentdelasarre.ca
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François Mitterrand
Un peuple qui n’enseigne pas son histoire est un peuple qui perd son identité

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