TCHIN ! TCHIN !

Lettre ouverte publiée dans Le Devoir :

Lettres – Tchin! Tchin!

Damien Biot-Pelletier – Montréal, le 14 septembre 2011 

Ce matin, sur le pas de ma porte trônait, à côté de ma copie hebdomadaire du Suburban, un exemplaire du magazine Tchin Tchin distribué chaque saison par la Société des alcools du Québec. Ce fascicule gratuit traite du mariage des vins et des mets, de la préparation des cocktails et d’autres sujets reliés à l’alcool. Sauriez-vous deviner le titre de l’édition qu’on m’a donnée? Je vous le donne en mille: Autumn pleasures. En sous-titre, on peut lire: «La Tablée des chefs: recipes from 8 renowned chefs / Wines and retro cocktails». Dans le coin en bas à gauche, on voit le logo de la SAQ et son slogan: Nice advice. Quant au document lui-même, il est tout en anglais, d’une couverture à l’autre. A-t-on au moins daigné distribuer une copie en français du même magazine? Pas chez moi, du moins.

Je me l’explique de la manière suivante: j’habite un secteur de l’île de Montréal où la majorité des résidants est de langue anglaise. Notez bien qu’il s’agit d’une explication, mais non d’une excuse, car il ne saurait y avoir d’excuse pour ce que je viens de vous raconter, surtout de la part, et je souligne, d’une société d’État québécoise.

L’État québécois et ses organes nous ont habitués depuis quelques années à un bilinguisme officieux qui fait grincer certaines dents (dont les miennes), mais qui n’est pas aussi choquant que l’unilinguisme anglais adopté, dans mon secteur du moins, par la SAQ. En matière d’abdication linguistique, on fait difficilement mieux.

Le temps où le français était la langue normale du Québec, celle des communications entre le gouvernement et les citoyens, est révolu. Désormais, le gouvernement du Québec, comme celui du Canada, ne communique avec les citoyens en français que là où la population le justifie. La régionalisation du fait français n’est donc plus un phénomène strictement canadien. Elle se manifeste à l’intérieur même du Québec. Notre gouvernement, qui devrait être à l’avant-garde de la promotion du français, à travers ses ministères comme ses sociétés, est à la remorque de celle-ci. Pire, en tirant ainsi de la patte, il s’assure que pas un gramme de français ne pénètre dans les secteurs déjà dominés par l’anglais.

Ce soir, en buvant un verre à la santé de notre langue, je saurai comment trinquer. Cheers!