PAS DE FRANÇAIS AU PARLEMENT

Extrait du Devoir

Pas de français pour Baird et ses collègues

Ils parlent français, mais ne l’affichent pas sur leur site Web personnel. De la quinzaine de ministres du cabinet Harper qui peuvent être considérés comme étant bilingues ou capables de parler la deuxième langue officielle, seuls James Moore, Maxime Bernier, Christian Paradis et Bernard Valcourt ont des sites personnels offerts dans les deux langues officielles.

Des vérifications faites par Le Devoir montrent ainsi que John Baird, Tony Clement, Jason Kenney, Joe Oliver, Jim Flaherty, Peter MacKay et Diane Finley possèdent tous un site personnel de député qui se décline uniquement en anglais. Chez les francophones, Steven Blaney et Denis Lebel ont des sites tout en français.

Les règles de bilinguisme de la Chambre des communes ne s’appliquent pas pour les sites personnels des députés, qui s’adressent surtout aux électeurs locaux. Mais le site du Parlement répertorie vers tous ces sites et indique «en anglais seulement» lorsque cela s’applique — c’est à dire souvent.

La plupart de ces ministres sont députés dans des circonscriptions essentiellement unilingues. Mais ce n’est pas le cas de M. Baird, représentant d’Ottawa-Ouest-Népéan, où 7 % des résidants ont le français comme langue maternelle (selon le recensement 2006). Il est ainsi le seul député d’Ottawa à ne pas proposer de version française à son site de député: Paul Dewar (NPD, Ottawa-Centre), David McGuinty (PLC, Ottawa-Sud), Royal Galipeau (PCC, Ottawa-Orléans) et Mauril Bélanger (PLC, Ottawa-Vanier) ont tous des sites bilingues.

Ce choix de l’unilinguisme est récurrent chez le ministre des Affaires étrangères. Cet automne, M. Baird s’est retrouvé au coeur d’une polémique après avoir demandé et obtenu que ses cartes professionnelles soient unilingues, dotées d’encre dorée et sans mention de l’édifice Lester B. Pearson (qui abrite les bureaux de son ministère… et rend hommage à l’ancien premier ministre libéral). Selon des documents révélés en octobre, M. Baird a lui-même «demandé que ses cartes professionnelles soient en anglais seulement, comme elles l’ont toujours été dans le passé».

L’organisme Impératif français avait alors dénoncé une pratique qu’il associait à une «forte odeur déplaisante de suprémacisme anglo-saxon». Le ministre contribuait à présenter le Canada sur la scène internationale comme un pays anglophone, affirmait l’organisme.

Impératif français avait déjà éprouvé des problèmes avec M. Baird lorsqu’il oeuvrait sur la scène provinciale ontarienne. En janvier 2001, l’organisme avait ainsi dénoncé que «le ministre ontarien des Affaires francophones, John Baird [il a occupé ce poste entre 1999 et 2002], vous accueille uniquement en anglais sur le site Internet de sa circonscription», qui possède la même adresse aujourd’hui. L’organisme rappelait du coup l’appui de M. Baird à la décision du gouvernement Harris de refuser en 1999 «de reconnaître un statut officiel à la langue française au sein de la Ville d’Ottawa».

Gêne

Porte-parole du NPD en matière de langues officielles, le député Yvon Godin estime que John Baird devrait s’afficher en français sur son site Web. «Ça ne me surprend pas de sa part, étant donné son parcours politique. Mais je trouve ça inacceptable: M. Baird représente plus qu’une circonscription qui compte des francophones, il est ministre.»

Selon le député, les sites unilingues et les nominations de personnes unilingues à des postes importants (juge à la Cour suprême, vérificateur général) «traduisent un manque de respect envers le français qui est en train de devenir une marque de commerce conservatrice. C’est comme s’ils en avaient honte».

Le bureau de John Baird n’a pas rappelé Le Devoir hier.

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