LES PROJETS DE LOI

Fautes à corriger dans le P.l. no 33

Le projet de loi no 33 (loi éliminant le placement syndical…),  actuellement à l’étude en commission parlementaire à l’Assemblée nationale, contient une dizaine de fautes que les élus devraient corriger immédiatement, des fautes que tous les dictionnaires reconnaissent. Les principales sont « agent d’affaires » (en français : agent syndical), «coûts défrayés » (coûts payés), « être à l’emploi de » (employé par), « renseignements » (mentions), « certificat de compétence » (certificat de qualification), « occupation » (emploi), « référer » (diriger vers…).

Les parlementaires peuvent toujours exciper du fait que les erreurs sont implantées depuis plusieurs années et qu’il n’y a pas lieu d’essayer de les corriger. C’est une parade facile, trop facile. Ils pourront aussi prendre prétexte de l’urgence du débat pour ajourner les corrections proposées. Il est vrai qu’aux créneaux, dans les tranchées ou sur la ligne de feu, on n’a pas le temps de consulter les dictionnaires. Mais il ne faut pas toujours remettre les corrections aux calendes grecques, surtout quand quelqu’un les pointe du doigt.

De fait, l’État québécois est officiellement préoccupé, depuis longtemps, par le statut de la langue et sa qualité. Le gouvernement investit des crédits importants dans le domaine de la langue: Grand dictionnaire terminologique, Banque de dépannage linguistique. Il subventionne la rédaction de Franqus, Dictionnaire de la langue française, depuis une dizaine d’années.  Il a engendré, pourrait-on dire, le Multidictionnaire. Ces entreprises proposent et recommandent des améliorations et des corrections, font des observations critiques. Dans toute la mesure du possible, le Législateur se devrait d’utiliser les expressions proposées par les entreprises spécialisées appuyées par l’État.

La représentation nationale devrait, de son côté, respecter le sens reconnu aux mots par les dictionnaires d’usage et elle devrait, par son ouverture au bon usage, montrer la voie à la fonction publique et à l’ensemble de la société, faire en sorte que les habitudes mentales et les réflexes naturellement conservateurs des locuteurs puissent évoluer. Les relayeurs, les élus et les professionnels de la langue doivent aller au-delà des exigences individuelles. Les parlementaires doivent être conscients du fait que la législation est la langue souveraine, qu’elle influence le langage quotidien autant sinon plus que la littérature. S’ils se contentent d’une langue médiocre, déformée, délabrée, les locuteurs de la base, les héros du stade et les vedettes ne feront pas mieux qu’eux. Ils feront plutôt fond, sans s’en rendre compte, sur les anglicismes et les barbarismes courants. Or la défense comme le rayonnement de la langue en territoire québécois font partie ou devraient faire partie des préoccupations des élus.

Les parlementaires actuels devraient profiter de l’étude du projet de loi en deuxième lecture pour rectifier les termes fautifs. Ce serait donner l’exemple, inciter les citoyens à privilégier une langue de qualité. Ce serait tenir pour acquis que les corps constitués ont un devoir de perfection en la matière. 

Gaston Bernier
Président de l’Asulf