ARROGANCE ANGLO-SAXONNE

Extrait de Argent / Affaires Canoë

Ils dirigent une entreprise dont le siège social est établi à Montréal, deuxième plus grande ville de langue française dans le monde. Certains sont même natifs de la métropole. Pourtant, l’apprentissage de la langue de Molière et l’enracinement dans la société québécoise n’ont jamais représenté une priorité pour eux. Une situation qui n’a rien de normal, selon des experts.

Alors que des patrons de grandes multinationales étrangères ont fait l’effort de manier la langue des Québécois, d’autres n’ont jamais senti ce besoin en dirigeant une entreprise de la métropole.

De passage à Montréal l’an dernier, le grand patron de BCE, George Cope, n’a fait aucun secret de sa piètre connaissance du français. «J’ai essayé toute ma vie et je ne suis pas très bon», a-t-il dit, paraissant irrité par les questions des journalistes à ce sujet. Cette année, le grand patron n’a pris aucun risque, en s’esquivant par une petite porte arrière après une allocution au Cercle canadien.

Même le responsable des communications de Bell, Mark Langton, n’a qu’une idée sommaire d’une des deux langues officielles du Canada. Et les journalistes francophones doivent s’adresser à une porte-parole distincte pour soumettre leurs questions.

M. Cope a indiqué que le fait d’avoir une famille à Toronto représentait un obstacle insurmontable à sa venue à Montréal. Or, Jean Monty, ancien patron québécois de BCE, avait déménagé à Toronto pour diriger Nortel. Michael Sabia, natif de l’Ontario, a lui aussi choisi le Québec en prenant les rênes de BCE. Et il est devenu un véritable francophile.

Il en va de même de Gordon Nixon, le grand patron de la Banque Royale. Montréalais d’origine, M. Nixon n’a pu prononcer que quelques mots en français lors d’une allocution dans sa ville natale en mars. Sa résidence principale est à Toronto. Le porte-parole, Raymond Chouinard, a du mal à contester le fait que le siège social montréalais de la Royale est une «coquille vide».

Bill Downe, le président de la Banque de Montréal, dont le siège social est encore officiellement à Montréal, n’a lui non plus jamais maîtrisé le français.