HOMMAGE À UN CRIMINEL DE GUERRE

Gatineau refuse, pour le moment, d’ouvrir le débat sur le changement de nom de la rue Amherst

«Un hommage à un criminel de guerre»

Extrait du journal Le Droit http://www.cyberpresse.ca/le-droit/actualites/gatineau-outaouais/201009/21/01-4317841-un-hommage-a-un-criminel-de-guerre.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B4_en-manchette_572_section_POS3

Patrick Duquette
Le Droit

Faut-il rebaptiser la rue Amherst à Gatineau ? Après avoir enflammé Montréal, le débat autour d’un mal-aimé de l’histoire canadienne est sur le point de gagner Gatineau.

C’est le président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault qui a mis le feu aux poudres, en mars dernier, en proposant de rebaptiser la rue Amherst du nom de l’auteur autochtone Bernard Assiniwi.

Depuis, la Ville de Gatineau tente de préparer le terrain à un débat qui s’annonce acrimonieux. Hier, elle a rendu public la procédure à suivre lorsqu’une demande pour changer un nom de lieu est déposée.

Comble de l’ironie, le conseil municipal a décidé que cette procédure, en préparation depuis plusieurs semaines, n’est pas applicable dans les cas à haute teneur politique… comme celui de la rue Amherst.

Témoin des délibérations du conseil municipal hier matin, Jean-Paul Perreault n’a pas mâché ses mots à l’endroit des élus municipaux qu’il a traités de « poltrons ». À ses yeux, le conseil municipal a manqué une belle occasion de corriger le nom d’une rue qui « humilie » et « déshonore » les Gatinois.

« C’était un rendez-vous historique important, le conseil avait la chance de faire preuve de grandeur. À sa façon, le conseil municipal a pris la décision de rendre hommage, une nouvelle fois, à un criminel de guerre et un génocidaire, parce qu’il n’a pas répondu à la demande qu’on lui a faite. »

Les détracteurs du baron Jeffrey Amherst (1717-1797) en font un criminel de guerre et le père de la guerre bactériologique, même si les historiens émettent des avis plus nuancés à ce chapitre. Chef des forces britanniques durant la guerre de Conquête, Amherst était prêt aux pires extrémités pour mater la rébellion des tribus amérindiennes. Il a suggéré d’utiliser la petite vérole comme arme de guerre en contaminant des couvertures.

Tout en reconnaissant les « décisions inadmissibles » prises par Amherst, la Société d’histoire de l’Outaouais sert une mise en garde contre les dangers du révisionnisme historique. « Ce personnage fait partie de notre histoire, dit son président, Michel Prévost. Enlever le nom de la rue qui porte son nom uniquement parce que l’on n’approuve pas ses décisions, serait faire comme s’il n’avait jamais joué un rôle dans le passé de notre pays […] Le comité de toponymie ouvrirait une porte qu’il pourra difficilement fermer par la suite. Plusieurs des hommes et des femmes qui ont marqué notre développement, au fil du temps, ont commis des gestes ou pris des décisions qui seraient tout à fait inacceptables aujourd’hui. »

Bureau refuse de s’imposer

Le maire Marc Bureau est favorable à un débat, mais refuse de se mouiller pour l’instant. « Ce sera un grand débat, je pense que beaucoup de gens veulent parler de ce dossier. On a vu ce que cela a fait à Montréal et j’espère qu’on pourra en discuter sereinement. Je ne dirai pas si je suis pour ou contre. Si je le fais, si je m’impose dès le début, je fausserais tout le débat. On va laisser le débat se faire. On a une excellente proposition qui nous est faite de remplacer cela par Bernard Assiniwi. »

Au conseil municipal, deux élus ont voté hier contre la procédure sur les changements de nom. Pour Stefan Psenak et Maxime Pedneaud-Jobin, une procédure ne peut se substituer au jugement des élus quand surgit un dossier comme celui de la rue Amherst. « Garder le nom de Amherst, c’est un geste politique, rejeter le nom, c’est un geste politique aussi », tranche M. Pedneaud-Jobin. « J’aime beaucoup l’idée de changer le nom d’Amherst pour Bernard Assiniwi, dit M. Psenak. On conviendra que cela aurait une symbolique importante. On changerait le nom de quelqu’un reconnu comme un génocidaire du peuple amérindien par quelqu’un qui a énormément contribué non seulement à la région mais à la cause des Premières nations, des autochtones. » Membre de l’Association des auteurs de l’Outaouais, Bernard Assiniwi (1935-2000) a reçu le prix France-Québec en 1997 pour La Saga des Béothuks.

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