EN ALLEMAGNE

Je vous adresse l’article que le site Internet de Marianne a bien voulu publier.

Vous trouverez ci-dessous l’article extrait de l’adresse http://www.marianne2.fr/En-Allemagne,-le-tribunal-passe-a-l-english_a189611.html

Mfavredechallens@aol.com

 


marianne2
2 mars 2010

En Allemagne, le tribunal passe à l’english

Marc Favre d’Échallens – Défense de la langue française | Mardi 2 Mars 2010 à 14:01 | Lu 3964 fois

L’anglais envahit notre univers tant culturel, diplomatique qu’économique au détriment de la langue de Molière. Mais l’Allemagne est aussi concernée. Dans deux Länder du pays de Goethe, les procédures judiciaires pourront se faire … en anglais ! Une réforme folle dénoncée par Marc Favre d’Échallens, de Défense de la langue française.

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Nous connaissons en France la déferlante linguistique anglo-américaine dans notre vie quotidienne avec les Carrefour Market ou Simply Market, et autres Happy Bonus, mais aussi avec le basculement à l’anglais de pacotille de Citroën qui vient d’adopter une communication largement en anglais.

Chez Citroën, les dénominations anglaises foisonnent comme « visiodrive » ou même « DS », sigle légendaire, qui signifie maintenant « Distinctive Series », sans parler de la documentation technique anglicisée. Même le domaine culturel est touché avec le nouveau magazine littéraire français, soutenu par Télérama, qui s’intitule « Books » !

N’oublions pas également les rodomontades du président Sarkozy de faire de la France une nation bilingue, comme son ministre de l’Éducation nationale l’avait annoncé dès 2007(1). En octobre 2009 le Président persévère et déclare, d’ailleurs, que des enseignements fondamentaux du second degré pourraient être dispensés en langues étrangères.

Il faut traduire les terminologies linguistiquement correctes de « bilingue » ou « langues étrangères » par «anglais», ainsi l’anglais est aussi devenu une langue de bois ! L’exclusion linguistique est aussi une désintégration sociale et entrepreuneuriale ; le plus anglophone n’est pas le plus performant. Même, Mme Parisot, présidente du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) pointe (2) l’abus d’anglais dans l’entreprise qui nuit à sa bonne marche.


De l’anglais dans les tribunaux allemands

Mais ce projet de destruction linguistique touche d’autres pays en Europe. En effet, la destruction programmée des langues d’Europe vient de franchir une étape supplémentaire, cette fois, en Allemagne.

Les ministres régionaux de la justice des Länder de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et d’Hambourg demandent une modification du code de procédure allemand pour que la langue anglaise puisse être utilisée dans les procédures judiciaires en Allemagne afin que les affaires économiques menées en anglais en Allemagne puissent, en cas de litige, continuées à l’être dans cette langue devant les juridictions commerciales et civiles.

A ce projet sont associés des avocats d’affaires et des juges. Les cabinets d’avocats d’affaires anglo-saxons déjà présents en Allemagne (comme en France) sont, bien évidemment, favorables à ce projet du tout en anglais.


La (fausse) nécessité économique.

L’anglais dans le droit, c’est la mise au rebut de notre droit romano-germanique largement commun à l’Europe continentale; c’est la porte grande ouverte, par le truchement de la common law, à la marchandisation totale de toutes les activités humaines ; de l’enseignement à la santé en passant par la culture. La raison invoquée, ici, comme en France est toujours la même : la (fausse) nécessité économique.

L’anglais étant décrété par nos zélateurs anglolâtres comme la langue du commerce internationale, tout le processus économique doit pouvoir, selon eux, se dérouler en anglais. Oser parler en Allemagne d’entrave linguistique pour le simple fait de devoir parler allemand dans les cours de justice est grotesque. Ils sont fous, ces Allemands, de vouloir parler allemand en Allemagne !

L’Allemagne est le pays qui a un excédent commercial colossal et qui vend ses produits au monde entier. Si l’Allemagne vend ses productions, c’est en considération de leur seule qualité, de leur seule renommée et de la vigueur du commerce allemand.

On voit ici que toutes les assertions sont bonnes pour imposer l’anglo-américain comme langue mondiale au seul bénéfice du monde anglo-saxon. Car utiliser l’anglais dans l’ensemble du processus économique constitue une avantage financier considérable à l’heure où la Grande-Bretagne, par exemple, a décidé de renoncer à rendre obligatoire l’apprentissage des langues étrangères.

Les peuples européens doivent s’unir contre cette colonisation linguistique, ce bilinguisme forcé et inégalitaire, qui s’accompagne toujours de reniements et d’un déclassement social et culturel.

Une langue qui ne sait plus exprimer le monde moderne, l’intelligence, la science, l’avant-garde, l’avenir en somme, est une langue qui disparaît.

N’en déplaise aux promoteurs du « tout-à-l’anglais », la langue n’est pas un vecteur neutre de communication mais l’expression de visions propres du monde.

« I will not speak French on the school grounds.
I will not speak French on the school grounds.
I will not speak French…
I will not speak French…
I will not speak French…
Hé ! Ils sont pas bêtes, ces salauds.
Après mille fois, ça commence à pénétrer
Dans n’importe quel esprit.
Ça fait mal; ça fait honte.
(…)
Faut pas qu’ils aient besoin d’écrire ça
Parce qu’il faut pas qu’ils parlent français du tout.
Ça laisse voir qu’on est rien que des Cadiens.
Don’t mind us, we’re just poor coonasses,
Basse classe, faut cacher ça.
Faut dépasser ça.
Faut parler en anglais
Comme de bons Américains(3).
»

La diversité linguistique, c’est la véritable ouverture au monde et aux autres. C’est écouter l’âme d’un peuple que de lui permettre d’exprimer son destin dans sa langue.

Marc Favre d’Échallens est administrateur de Défense de la langue française et secrétaire de l’Académie de la Carpette anglaise.

(1) « Le président de la République m’a donné comme mission de faire de la France une nation bilingue. » (Xavier Darcos, 11/09/2007)
(2) « Or, il y a une chose, je ne sais pas si c’est dit, mais pour moi un des points très importants, c’est la langue. (…) Je préfèrerais par exemple qu’on ait un débat sur la langue, l’utilisation de la langue française, y compris dans l’entreprise où l’abus de l’anglais est, à mon avis, à signaler et à dénoncer. » (CANAL+, 02/12/2009)
(3) Extrait de « Je suis cadien » de Jean Arceneaux, poète louisianais.