ANGLICISATION PLANÉTAIRE

Victor Miaro, communicologue
Gatineau

Charles-Xavier Durand a lancé une bombe médiatique en publiant un deuxième livre-choc aux éditions François-Xavier de Guibert. Le sous-titre, tome II : La manipulation mentale par la destruction des langues* . Durand lance un cri du cœur contre la saignée envers le patrimoine linguistique mondial au profit de l’anglais. Pour M. Durand, l’anglicisation à l’échelle mondiale représente La nouvelle guerre contre l’intelligence*.

Dans le contexte de la création d’un nouvel espace économique européen sous l’égide de l’euro, certains économistes français comme Alain Minc suggèrent d’avoir recours à l’anglais comme langue de partenariat au sein de cette Communauté européenne. Des économistes comme Minc flairent la bonne affaire en voulant s’arrimer linguistiquement avec les États-Unis d’Amérique. Comme le suggèrent certains intellectuels français en matière d’économie, un marché de trois cents millions d’individus n’est pas à dédaigner. On érige ici l’idée de la suprématie des pays anglo-saxons puisque l’anglais devient la voie à suivre pour parvenir au Klondike du rêve américain. On comprend ici que l’anglais est le véhicule de la religion de Wall Street. Nos voisins du Sud adorent le Veau d’or, le mercantilisme coule dans leurs veines.

Les Alain Minc de ce monde veulent faire la promotion de l’anglais pour tuer une fois pour toutes l’abominable tour de Babel. Selon eux, la langue anglaise est plus facile à apprendre. L’anglais détient alors un atout qui tient du pragmatisme. Donc, la personne qui utilise la langue anglaise pour s’exprimer tire les ficelles du gros bon sens. L’anglais devient ici un instrument d’épanouissement qui est supérieur aux autres langues.

Charles-Xavier Durand fulmine face à ce raisonnement simpliste à souhait. Il conteste avec véhémence cette idéologie où l’anglais devient la langue internationale du commerce, des sciences et des arts. Dans son livre, Durand démontre solidement que toute langue est une richesse pour l’Humanité. Une langue est le moyen que l’Homme s’est donné pour recueillir des informations utiles sur son environnement. Une langue n’est pas seulement qu’un code. Elle façonne la personnalité des individus qui la parlent et qui l’écrivent. La langue est le vecteur « chimique » qui permet aux gens de se rapprocher. Comme le disait le philosophe Paul-Marcel Lemaire, une langue permet de « faire du commun » entre deux personnes puisqu’il y a communication.

Pour Charles-Xavier Durand, une langue qui meurt est une perte pour l’Humanité. Cette situation est comparable à celle d’un homme ou d’une femme de science qui perd par mégarde ses résultats de laboratoire. La capacité des êtres humains de parler plusieurs langues est synonyme de diversité. Pour Durand, il faut protéger cette diversité ayant pris forme à l’intérieur des différentes sociétés. La diversité linguistique permet de résoudre les divers problèmes posant un défi à l’Humanité et non l’inverse.

Le livre de M. Durand nous porte à réfléchir sur la francisation de la société québécoise. La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Mme Christine Saint-Pierre, a décidé de mettre sur pied un guichet unique, outil informatique pour franciser les PME de Montréal. Bonne initiative, certes! Espérons que les gens d’affaires de la Métropole s’inscriront en grand nombre aux activités de francisation proposées par la ministre.

Cependant, nous devons dire ceci : un portail informatique ne va pas résoudre à lui seul le problème de l’anglicisation de Montréal, deuxième métropole économique d’importance après Toronto. Le guichet unique sur le web est un signal plutôt faible de la part du gouvernement Charest dans sa volonté d’ériger le français comme langue de ralliement au sein de sa population. Le gouvernement libéral devrait dire haut et fort que  la langue de travail des travailleuses et travailleurs au Québec est le français, comme le propose Impératif français dans ses publicités télévisées. Il faut que la langue française redevienne l’élément central d’un projet de société dans lequel le Québec finit par affirmer son identité vis-à-vis la classe mondiale.

En conclusion, le livre de Durand est un vaccin efficace contre la folie des élites de nos sociétés occidentales de vouloir angliciser la population du globe. Les Québécoises et Québécois doivent à notre avis se procurer le livre de Charles-Xavier Durand pour se convaincre de la nécessité de préserver la langue française, véhicule de notre terroir.

Un Québec sans la mémoire de son terroir et imbibé d’anglicismes est comme un chêne dont les racines tombent malades. Luttons contre l’américanisation provoquant l’anglicisation mondiale,deux phénomènes qui s’imbriquent et qui rendent notre planète stérile. Préservons la diversité  linguistique, gage de la santé identitaire des peuples.

Pour sa part, le Québec est français; il doit le demeurer et mieux…il doit le devenir davantage !

* Auteur : Charles-Xavier Durand

  • Titre principal : La nouvelle guerre contre l’intelligence.
  • Le sous-titre du tome 2: La manipulation mentale par la destruction des langues.
  • Office d’Édition Impression Librairie (O.E.I.L.)
  • Éditeur: François-Xavier de Guibert ; 3 rue Jean-François-Gerbillon, 75006 Paris; année 2002
  • ISBN: 286839-771-9