AMHERST ET LE GRAND NETTOYAGE ETHNIQUE

Bien intéressant l’éditorial que vous avez publié dans LeDroit au sujet du changement de nom de la rue Amherst à Gatineau. Je vais commencer par la fin de votre édito qui se lit comme suit : « La meilleure option, pour le moment, serait de donner à tous un bon cours d’histoire. » J’abonde parfaitement dans ce sens.

On peut dans ce contexte s’étonner que la principale bavure qu’on reproche à Amherst dans votre éditorial est qu’il ait voulu infecter de la petite vérole des Amérindiens de la région de Pittsburgh (ce qui est déjà très grave)… Votre long éditorial ne mentionne pas une seule fois l’implication du général Amherst dans la déportation des Acadiens, notamment la déportation des Acadiens de l’Île Saint-Jean (aujourd’hui Prince Edward Island… comme quoi on ne se gêne pas chez les Anglos pour changer la toponymie… Je vais y revenir). C’est lui, Amherst, qui donna l’ordre au lieutenant-colonel Andrew Rollo d’envahir l’Île St-Jean et de déporter les Acadiens en 1758. D’ailleurs à Port-La-Joye (aujourd’hui Charlottetown), on érigea le Fort Amherst en octobre 1758, ce qui faisait aussi partie du mandat que Amherst avait confié à Rollo.

Au cas où vous l’ignoreriez, avant la déportation, l’Acadie c’était essentiellement la Nouvelle-Écosse d’aujourd’hui et ses régions limitrophes. Partout en Acadie d’avant la déportation, des rivières, ruisseaux, montagnes, villages, îles, villes (etc.) portaient des noms français. La capitale était Port-Royal (aujourd’hui Annapolis Royal), la principale rivière s’appelait Rivière Dauphin (aujourd’hui Annapolis River), le dernier des villages en amont de cette rivière s’appelait Paradis Terrestre (aujourd’hui Bridgetown); etc., etc. Non seulement ont ils changé toute la toponymie française, mais ils nous ont foutus dehors.  Ce qui s’appelle nettoyage ethnique et ce qui est sûrement un fait historique qu’on ne peut contourner ou oublier dans un cours d’histoire sur Amherst…

Ghislain Savoie
Gatineau