25e CÉRÉMONIE DE LA CHANSON FRANÇAISE

Les Victoires de la musique et la défaite de la langue française

Aux Victoires, l'anglais a déjà gagnéLa 25ème cérémonie de la chanson française sera diffusée ce 6 mars au soir par une chaîne de télévision du service public. L’invasion des chansons « nominées » en anglais est telle, cette fois, que même la grande presse s’en émeut (voir en pièce jointe une reproduction partielle de la p. 31 du quotidien Aujourdhui en France du samedi 6 mars). C’est dire ! A ce propos, je ne peux que reprendre ici les grandes lignes de ce que j’écrivais dans un courriel du 20 avril 2008 relatif au 53ème Concours Eurovision de la chanson (pour la première fois, la France était « représentée » par une chanson en … anglais).

Il y eut alors, bien sûr, quelques voix à se faire entendre pour protester, mais seulement parmi les adultes, voire parmi les « anciens« . Pour les adolescents et les jeunes gens, au contraire, cela était parfaitement naturel, cela allait de soi. Le jeune chanteur concerné avait d’ailleurs dû être bien étonné par cette polémique qui, peut-être, lui avait brusquement fait prendre conscience de l’existence d’un autre monde que celui qui lui est familier et dans lequel il évolue en permanence, celui des « jeunes« . Bon prince, il avait du reste bien voulu faire savoir qu’il allait « rajouter quelques lignes en français dans la chanson« . N’appartient-il pas, en effet, à une culture musicale « moderne » qui a comme terreau la pop anglo-saxonne et non la (ringarde) chanson française d’autrefois, à textes ? L’énorme fossé entre les générations n’a-t-il pas notamment pour conséquence que le souci de faire valoir un héritage, celui de la langue natale par exemple, est désormais parfaitement étranger à bon nombre de jeunes gens ? La grande, l’immense passion des adolescents et des jeunes gens n’est-elle pas la musique et le rock n’est-il pas devenu leur langage universel ? L’anglais n’est-il pas considéré par ces musiciens, sauf exception, comme la langue unique du rock et de la pop ? Ce chanteur du Concours Eurovision de la chanson 2008 n’était-il pas, comme bien d’autres participants à ces Victoires de la musique 2010 nés avec l’avènement d’internet et usagers aujourd’hui de ses réseaux sociaux tels Facebook ou MySpace vus dans le monde entier, l’une des figures emblématiques de la « culture jeune« , qui fut la matrice de la grande révolution culturelle du dernier tiers du XXème siècle, dont l’une des grandes particularités est son étonnant internationalisme et cosmopolitisme (c’est pourquoi l’attachement à la langue française est, cela saute aux yeux, on ne le souligne pas suffisamment, une fonction croissante de l’âge) ? Il y a bel et bien, désormais, une culture mondiale de la jeunesse, elle est sous hégémonie anglo-saxonne écrasante et ce phénomène est d’une importance considérable (et pas seulement sur le terrain linguistique).

Quant aux médias télévisés, qu’ils soient publics ou privés, financés par des annonceurs dont les jeunes consommateurs sont la cible privilégiée et auxquels ils s’adressent toujours prioritairement, voués, pour des impératifs commerciaux, à la satisfaction des prédilections juvéniles et à l’entretien du culte de la jeunesse, pour qui le style de vie adolescent montre la voie à l’ensemble de la société, en permanence soucieux du « rajeunissement » de leur audience, ils ne peuvent bien évidemment qu’accorder la plus grande « couverture » possible à des événements d’une telle importance.

Jean-Pierre Busnel
jpabusnel@wanadoo.fr