PRESCRIRE EN ANGLAIS

"Les médecins français étaient depuis fort longtemps habitués à prescrire et à administrer le vaccin dit R.O.R-Vax, contre la Rougeole, les Oreillons et la Rubéole.

Récemment, la dénomination de ce produit fabriqué par le laboratoire Pasteur-Sanofi-MSD a changé pour un M.M.R. fleurant fort sa mode anglaise. Measles-Mums-Rubella-Vax, telle est la formule que nous devons désormais spécifier sur nos ordonnances.

À ma question sur ce changement radical, il a été répondu que dans un souci d’harmonisation européenne, Bruxelles avait choisi l’anglais pour que le produit voyage à travers le continent dans les meilleures conditions de compréhension. "Avec regret pour l’abandon des langues nationales" me précisa-t-on, sans doute dans un souci d’apaisement.

Entendons-nous bien. Je ne vois depuis toujours aucun inconvénient à prescrire des produits fabriqués dans le monde anglo-saxon, en Suisse, en Italie, au Japon ou ailleurs qu’en France. En revanche, je me refuse catégoriquement à prescrire EN anglais. Le simple fait de devoir penser "measles-mumps-rubella" en recommandant un vaccin à mes patients me donne de l’urticaire. J’y vois une intrusion au coeur de mes manières de raisonner, une violence faite à la structure même de mon langage, une dépossession.

Mes confrères réagissent assez mollement à l’heure qu’il est. Je pense être le seul pédiatre qui ait écrit au laboratoire pour exprimer son refus de collaborer à ce coup de force. Je m’emploierai donc à les sensibiliser au problème, tâche ardue tant les comportement s’imprégnent, jour après jour, des facilités et abandons qui tuent à petit feu la langue française.

parallèlement à cela, il n’est peut-être pas inutile de rappeler deux ou trois choses à ceux qui se satisfont, voire se glorifient d’être de plus en plus souvent obligés de rédiger leurs communications scientifiques en anglais :

1-Une majorité de lecteurs francophones pense qu’il est fatiguant de devoir les traduire pour les comprendre.

2-Une majorité de lecteurs anglophones pensera que l’anglais employé par des Français justifie de ne même pas lire le chapeau de l’article. La conclusion, peut-être, et encore…

3-Il existe déjà des logiciels de traduction permettant d’accéder au document dans sa langue maternelle, d’un seul clic. Ces outils seront de plus en plus performants, parfaits à court ou moyen terme.

4-À moins de posséder à 100% une langue étrangère (vocabulaire, tournures, syntaxe, humour, codes…), le rédacteur sera toujours en infériorité par rapport à ceux dont c’est la langue maternelle. Idem pour le participant à une réunion où l’on impose la langue anglaise. Comment ne pas y être "contourné" voire carrément dominé par ceux-là mêmes qui la maîtrisent parfaitement?

Tout ceci pour justifier une "résistance-rébellion" dont je souhaite ardemment qu’elle s’étende et se renforce".

Alain Dubos
Arcueil
France

PS : le concurrent du ROR anglicisé s’appelle PRIORIX. (Le Gaulois!) Une aubaine. J’invite la confrérie à noircir ses ordonnances de ce providentiel sauveur!