PIERRE FALARDEAU

Pierre FalardeauPierre Falardeau n’était pas mon ami, mais bien davantage : un complice qui me stimulait, rendant ainsi impossible tout découragement dans un pays-pas-encore-pays par la faute de ses élites bourgeoises, corporatistes et veules. Pierre Falardeau et moi, nous partagions la profondeur de ce mot de Nietzsche qui a écrit :

« Si tu veux cultiver le pays, cultive-le à la charrue. Ainsi tu feras la joie de l’oiseau comme du loup qui suit la charrue. Tu feras la joie de toute créature. »

Pierre Falardeau a été à la hauteur du mot de Nietzsche. Voilà pourquoi sa mort ne me rend pas d’une tristesse infinie. Les prophètes authentiques sont porteurs de joie pour tout un chacun, l’oiseau, le loup et l’humain. C’est cette grande leçon de choses que nous devons à Pierre Falardeau.

À sa famille, à ses amis, à toutes ces Québécoises et à tous ces Québécois qui cultivent le pays à la charrue, j’offre mon recueillement et le partage de cette joie que Pierre Falardeau a su si bien incarner. Elle est nôtre désormais. Alors, retroussons nos manches et portons cette joie exigeante jusqu’à notre indépendance comme peuple et comme nation.

Victor-Lévy Beaulieu
Trois-Pistoles

 


« Homme transparent, franc, honnête »

Pierre Falardeau n’était pas mon ami. Malheureusement. Ne l’ayant rencontré qu’à quelques reprises et n’ayant pu discuter avec lui que sommairement, je dois dire que nous nous connaissions peu. Pourtant, pour une des rares fois dans ma vie, je suis en deuil. N’étant pas de ceux qui entretenaient avec lui un lien étroit, je dois donc vivre seul ma peine. Seul, avec quelques milliers d’autres qui, comme moi, l’aimaient ou, du moins, l’estimaient.

Je retiens de Monsieur Falardeau un souvenir impérissable. Au cours d’une discussion, il m’avait traité de « fendant », avec le sourire qu’on lui connaissait, et cette luminosité dans le regard qu’il posait sur les êtres qui l’amusaient autant qu’ils l’intéressaient. Ceux et celles qui privilégient les formules de politesse aux dépens de la franchise auraient assurément été vexés. Ceux et celles qui ne s’attardent qu’aux apparences, négligeant l’essentiel, auraient très certainement été blessés. En ce qui me concerne, j’y ai vu un clin d’œil complice. Sortant de la bouche de cet homme, le qualificatif sonnait plutôt comme un compliment et m’apparaissait ni plus ni moins comme un encouragement à persévérer dans la voie que j’avais choisi d’emprunter.

Falardeau était un homme transparent, franc, honnête – dans la mesure où l’humain peut l’être –, batailleur dans ce qui est essentiel. Il aurait pu être ce chef, ce messie que nous espérons tous, s’il n’avait pas eu cette typique lucidité relativement à la faiblesse humaine, mais s’il avait plutôt eu un iota de pourriture dans les veines pour faire de lui un politicien. Pierre Falardeau était un artiste, un grand artiste! Un être sensible, philanthrope, qui ne se contentait pas d’imiter et de suivre la vague dans un intérêt personnel, mais qui a produit des œuvres cinématographiques qui sont, et resteront, des œuvres remarquables. « Nous sommes aussi des hommes et à la base de toute révolution », a écrit Sartre. Monsieur Pierre Falardeau était un homme, un vrai!

Le Québec vient d’être très sérieusement amputé d’un membre avec la perte de ce Patriote, mais le Québec saura faire usage du principe de résilience et saura démontrer du courage face à ce qu’il doit être.

À ta mémoire, Pierre Falardeau, mon frère, je lève mon verre et clame : « Aux bons sentiments qui t’honoraient, à ceux que tu aimais, à ceux qui t’aimaient. Pis les autres… qu’y mangent d’la marde! »

Yanni Kin

Éditions Libre Delire, Trois-Pistoles