LE MOULIN À PAROLES

« Les fêtes du 400ème anniversaire de Québec, des fêtes dépourvues de tout contenu historique et politique »

Les origines du Moulin à Paroles

Comme toutes les folies, le Moulin à Paroles a pris naissance autour d’une table de souper dans la cuisine et dans le joyeux désordre d’une fin de soirée. Nous étions réunis en toute amitié et la conversation portait déjà depuis un bon bout de temps sur la façon dont les fêtes du 400ème anniversaire de Québec avaient été conçues et menées.

Nous estimions que ces fêtes étaient dépourvues de tout contenu historique et politique, un tel contenu étant ici par essence conflictuel.

Nous ressentions aussi avec colère et amertume le fait que les célébrations du 400ème avaient été placées sous le signe de l’internationalisme le plus fade, privilégiant la venue de vedettes susceptibles certes de rassembler des foules immenses sur les Plaines d’Abraham, mais sans aucune connexion avec l’Histoire de cette ville, de ce pays.

Nous avons aussi constaté qu’une fois de plus, la devise qui nous qualifie, le je me souviens est restée lettre morte. Notre histoire demeure pour beaucoup floue, imprécise et les textes qui l’ont jalonné trop souvent méconnus.

Bien sur, la façon dont le 400ème de Québec fut célébré contribue à faire disparaître un peu plus l’Histoire de nos préoccupations et à nous rendre un peu plus sinon citoyens du monde, tout au mieux, citoyens de Las Vegas. Ainsi, dans cette fausse gaité arrosée de paillettes et de dollars, l’amnésie collective est-elle réactivée dans la bonne humeur généralisée.

Nous étions conscients bien sur que la bataille des Plaines d’Abraham avait été perdue, sur le terrain du moins. Que cette bataille indigne avait marqué de façon prégnante notre imaginaire. Que cet affrontement de trente minutes ait décidé du sort de l’histoire du Québec, ait justifié pour des siècles le statut des vainqueurs et des vaincus, cela nous révolte encore aujourd’hui.

Pourtant, malgré cette défaite, à cause d’elle peut-être, nous sommes toujours là, quatre siècles plus tard, bien vivants et combatifs. Nous sommes là, avec cette blessure au cœur qui nous rappelle que notre territoire est précaire, notre pays encore en devenir.

C’est après être parvenus au bout de ce constat amer qu’à germé l’idée de célébrer notre présence, ici, sur cette terre, en ce pays, plusieurs siècles après la bataille des Plaines. Le Moulin à paroles, c’est un peu reprendre les Plaines avec la parole.

Nous avons donc imaginé ce spectacle que nous voulons sans musique, sans orchestre, sans show-business. Un spectacle austère consacré à la parole, aux mots dits qui construisent le long récit de notre présence en Amérique : une narration indissociable de notre charpente, de notre être tout entier et sans laquelle il n’est pas de suite envisageable.

Nous voulons que ces vingt-quatre heures contribuent à nous identifier, nous donner une mémoire, nous rappeler le long combat contre l’âpreté du paysage et les préjugés.

Nous pensons aussi qu’il est de notre devoir de citoyens de donner à ce pays quelque chose qui vient de lui. Nous avons donc souhaité le Moulin à paroles comme une mobilisation citoyenne, une représentation du peuple placée sous le signe de l’exigence et de la signifiance.

Brigitte Haentjens et Sébastien Ricard

À lire sur le même sujet :

Le Moulin à paroles, un projet des Loco Locass et de Brigitte Hantjens les 12 et 13 septembre 2009 sur les Plaines d’Abraham

http://patwhite.com/node/7848

http://www.radio-canada.ca/regions/Quebec/2009/08/04/005-moulin_paroles.shtml