LE FÉDÉRALISME POLLUEUR

« La pire chose qui pourrait arriver à un journaliste, c’est la perte de mémoire d’un passé pourtant récent dont l’évocation est un facteur important dans l’analyse d’une situation présente. »

On ne peut que louer la pertinence de l’effort de Michel David (Le fédéralisme pollueur) dans le rappel de la conférence de Rio et de ses conséquences pour les relations du fédéral et des provinces. Éclairés par ce rapprochement, force nous est de reconnaître la détérioration du climat des relations fédérales-provinciales dans le dossier de l’environnement. À Rio, les provinces et le Canada représentés par Jean Charest alors ministre de l’Environnement du fédéral, parlaient d’un commun accord; à Copenhague des provinces sont muselées et Jean Charest doit avoir recours aux tribunes parallèles pour représenter le Québec, un état pourtant respectueux des critères de Kyoto et nettement à l’avant-garde dans ses prises de position sur la réduction des gaz à effet de serre.

On ne peut reprocher à Jean Charest la création de son Conseil de la Fédération. Cette agora des provinces était une façon de donner une force au discours des PM face à un gouvernement aux tendances centralisatrices et irrespectueuses des juridictions des provinces. Posons-nous la question : qui est responsable du bris du dialogue au sein du Conseil de la fédération ? Poser la question, c’est y répondre.

Au dossier épineux de Copenhague et de ses répercussions sur les provinces muselées, reconnaissons que ce dossier pourrait déclencher au Québec un rejet du lien fédéral. En effet, au Québec, ce dossier s’ajoute aux effets d’une péréquation fondée uniquement sur la démographie et laissant de côté l’apport de la reconnaissance de la nation québécoise, le refus de la contribution du gouvernement fédéral à l’harmonisation par le Québec de sa taxe de vente, ce qui prive le Québec de deux milliards, l’apport négligeable du fédéral à l’industrie de la foresterie, les coupures dans l’appui aux artistes et à la culture et récemment le rejet désinvolte par la Cour suprême des mesures essentielles et incontournables du Québec pour le développement et la survie à long terme de la pierre d’angle de notre identité : la langue française.

Jean Charest a maintes fois démontré sa capacité de rebondissement. Actuellement on a l’impression qu’on le repousse dans ses derniers retranchements.

À suivre !

Jacques Lalonde
Gatineau