LA GUERRE LINGUISTIQUE

À l’occasion de sa décision récente concernant la loi 104, la Cour suprême du Canada continue sa politique visant la bilinguisation forcée du Québec. À la demande des habituels porte-parole de la minorité anglo-québécoise en cette matière (Brent Tyler), la Cour poursuit son entreprise de démantèlement de la loi 101. Sous le couvert fallacieux de protéger de façon égale les droits linguistiques de la minorité de langue anglaise au Québec et des minorités de langue française ailleurs au Canada, la Cour utilise comme à l’accoutumée l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982 pour réduire à l’insignifiance la primauté du français au Québec et elle ne cessera de le faire puisque cet article a été conçu précisément à cette fin par les juristes et constitutionnalistes au service du gouvernement Trudeau. La bilinguisation du Québec est l’objectif principal même de la Charte canadienne en matière linguistique. La Cour confirme donc à nouveau que la primauté du français au Québec est incompatible avec l’interprétation que la majorité canadienne-anglaise entend donner à l’égalité des droits linguistiques dans le régime fédéral canadien.

La dernière décision de la Cour n’est qu’un autre épisode de la guerre linguistique larvée qui se mène au Québec depuis l’adoption de la loi 101. Car, en effet, cette décision montre à nouveau que la majorité canadienne-anglaise, pour le compte de la minorité anglophone du Québec, n’aura de cesse qu’elle parvienne à renverser la primauté du français au profit de la bilinguisation du Québec. En matière de droits linguistiques dans le domaine scolaire, la bilinguisation passe par le retour au libre choix en matière de langue d’enseignement, ce à quoi la décision de la Cour suprême ouvre la porte.

Cette décision devrait aussi faire réfléchir profondément ceux (comme Jean-François Lisée et les porte-parole du PQ) qui prétendent que le Québec a atteint ces dernières années l’équilibre en matière linguistique, un équilibre dont il s’agirait de garantir la perpétuation en vue de préserver un état désirable de paix linguistique. À ces « bon-ententistes », la Cour suprême inflige une autre défaite et réitère que la primauté du français est incompatible avec la Charte canadienne. Alors, à moins que ces propagandistes de la paix linguistique à tout prix ne proposent aux Québécois d’aller de défaite en défaite de la loi 101 jusqu’à la victoire finale de la bilinguisation!…, ils devront peut-être admettre que la primauté du français (entendue au sens de la prédominance, et non de l’unilinguisme français ni non plus de la bilinguisation de la société québécoise) ne pourra être assurée que si la majorité francophone québécoise est prête à l’imposer politiquement, en payant le prix du conflit linguistique s’il le faut.

André Hubert

Gatineau