FÉDÉRATION INTERNATIONALE DE L’AUTOMOBILE

M. Jean Todt, ancien copilote de rallye, devenu directeur d’écurie de sport automobile, puis directeur et administrateur du célèbre constructeur italien Ferrari, vient d’être élu (« facilement » dit la presse), le 23 octobre dernier, à la présidence de la FIA, Fédération internationale de l’automobile. L’élection a eu lieu à Paris, dans les locaux de l’hôtel Westin (ancien hôtel InterContinental jusqu’à son rachat, en 2005, par un fonds d’investissement de Singapour).

La FIA est une organisation à but non lucratif, dont le siège est à Paris (place de la Concorde) et les services administratifs à Genève. Créée en 1904 à Paris, elle regroupe plus de 200 organisations automobiles de 125 pays. Elle est surtout connue pour sa gestion des plus importantes épreuves de course automobile mondiales (celles du championnat de Formule 1, par exemple, fondé par elle en 1950), mais elle traite également de tout ce qui concerne l’automobile, notamment la sécurité routière.

À l’issue de son élection, M. Todt a livré ses premières impressions lors d’une conférence de presse qu’il a commencée, en français, en ces termes : « Je suis français, nous sommes en France et il y a beaucoup de Français » (L’Equipe du 24/10). Il est rare, lorsqu’un Français accède ainsi à la présidence d’une grande organisation internationale, qu’il ne s’exprime pas exclusivement en … anglais (même si la génération à laquelle appartient M. Todt est sensiblement moins portée à l’anglomanie que ses cadettes). Du reste, cette déclaration liminaire signifie très clairement que les journalistes présents dans la salle s’attendaient bel et bien à ce que le nouveau président de la FIA s’exprime en anglais, comme de coutume (son prédécesseur était du reste anglophone). En tous les cas, pour emprunter au langage de la course automobile, on dira volontiers que le nouveau président de la FIA a pris un excellent départ.

Il est donc permis d’espérer qu’il ne s’en tiendra pas là, qu’il continuera sur sa lancée et qu’il contribuera dans ses nouvelles fonctions à promouvoir la langue française au sein de cette organisation internationale, née en France, dont le siège est toujours à Paris, réputée depuis l’origine bilingue français-anglais (elle en a bien besoin, comme on va le voir ci-après). Sans doute pourrait-on suggérer aux valeureuses organisations de défense de la langue française d’envisager d’utiles démarches en ce sens auprès du nouveau président de la FIA. C’est évidemment le moment idoine pour le faire. Notamment, en l’invitant à faire mettre sur pied une version française du site de ladite fédération internationale.

En effet, lorsque l’on lance une recherche portant sur l’adresse du site WEB de la FIA on tombe, automatiquement, sur une version entièrement en anglais ( http://www.fia.com/en-GB/Pages/HomePage.aspx ). Seul l’intitulé est en français : « Fédération internationale de l’automobile« . Surpris de constater qu’il n’existe sur la page d’accueil aucun lien permettant d’accéder à une version française, j’ai interrogé par téléphone le siège de Paris à ce sujet. On m’y a déclaré, le 25 octobre, après « vérification« , qu’il n’y avait de site de la FIA qu’en anglais.

En réalité, ceci n’est pas tout à fait exact. Un correspondant m’a fait savoir qu’il avait réussi, à partir de l’adresse ci-dessus, à accéder à un site de la FIA soi-disant en français, mais, a-t-il précisé, « avec beaucoup de nouvelles en anglais« . C’est, manifestement, ce qui reste de la version authentiquement française, aujourd’hui masquée, délaissée, marginalisée, contrainte de céder de plus en plus de place à la langue anglaise. A cela seulement on mesure le terrain perdu par le français au sein de la FIA depuis la fondation de celle-ci il y a environ un siècle.

Voilà qui est typique du sort trop souvent réservé à la langue française dans les organisations internationales, même lorsque c’est une initiative française qui les a portées sur les fonts baptismaux : le refoulement méthodique, l’éviction progressive.

Jean-Pierre Busnel
jpabusnel@wanadoo.fr