DES FÊTES POUR LA CONQUÊTE

La bataille des Plaines d’Abraham fait partie de notre histoire, de notre identité. Il faut vraiment avoir une mentalité de colonisés pour se sentir attaqués par ça. (Le député Éric Caire)

Des fêtes pour la Conquête?

Personne n’a jamais nié la réalité des Plaines d’Abraham. Le fédéralisme n’en est-il pas un aide-mémoire quotidien? Tout historien capable de synthèse voit dans la Conquête de 1759 l’origine et la continuité du régime fédéral sans se laisser égarer par les variations qui l’ont amené. La négation du caractère funeste de l’événement fondateur, et sa valorisation compensatoire, témoignent d’un colonialisme intériorisé. Le député Éric Caire et ses approbateurs viennent de nous en donner un exemple éclatant. Les disciples de Lord Durham estiment que les Anglais nous furent des bienfaiteurs. Ne nous auraient-ils pas tirés d’un état quasi primitif en nous injectant des progrès inestimables? La bataille de 1759 a bel et bien eu lieu dans notre histoire, mais à la façon d’un corps étranger. Cette violence des événements nous a détournés de notre destin. Les Anglais nous ont imposé, à leur mode, des progrès que nous aurions réalisés, en temps voulu, selon notre génie propre, dans la mouvance générale de l’Occident. La violence militaire, judiciaire et institutionnelle qui résulte de la Conquête s’est substituée au cours normal de notre histoire qui avait été déterminé par la Fondation de 1608. Nous aurions certes subi des influences anglaises que nous aurions harmonieusement intégrées, mais la Conquête nous les a imposées de sorte que les institutions qui nous régissent nous sont largement étrangères de conception et de fonctionnement. L’article 133 de la Constitution canadienne maintient intact le droit du Conquérant en nombre de domaines. La prépondérance d’Ottawa et de sa Cour suprême redouble la couronne britannique dans son inspiration et par le caractère extérieur, contraignant et définitif de ses décisions.

Il faut se souvenir, et de plus en plus à bon escient, mais encourager des activités qui fêtent la Conquête aurait quelque chose de déplacé, de dérangé, comme un bal tenu dans un cimetière. La dignité et la justesse de la mémoire, la conscience politique condamnent ces reconstitutions ambiguës dont l’initiative et le financement viennent du dehors, – tout comme les soldats de Wolfe.

Hubert Larocque, Gatineau.

Note d’Impératif français :

À votre clavier! Écrivez votre colère à la Commission des champs de bataille nationaux (information@ccbn-nbc.gc.ca) et à vos députés fédéral et québécois dont vous trouverez les adresses électroniques à :

Gouvernement du Québec
http://www.assnat.qc.ca/fra/Membres/deputes.shtml

Gouvernement du Canada
http://webinfo.parl.gc.ca/MembersOfParliament/MainMPsCompleteList.aspx?TimePeriod=Current&Language=F