CÉLÉBRATIONS DE LA DÉFAITE DES PLAINES D’ABRAHAM

Madame,

À : joanne.laurin@ccbn-nbc.gc.ca
Cc : information@ccbn-nbc.gc.ca;

Je vous remercie de cette prompte et intéressante réponse : répondre à une critique très dure – mais courtoise – est une attitude courtoise, hélas pas si fréquente.

1 – Toutefois, le texte du communiqué que vous avez eu l’amabilité de me transmettre ne répond pas vraiment aux problèmes que j’ai soulevés : en effet, à sa lecture, on a essentiellement le sentiment « en filigrane » que, au très grand regret de la Commission, de magnifiques et festives animations ont été annulées en raison de l’intolérance de certains rabat-joie sectaires, ce qui dénote un obscurantisme préjudiciable à l’étude des faits historiques.

2 – Je suis au regret de vous écrire que cette argumentation est tendancieuse et non pertinente, au moins pour les raisons suivantes.

2.1 – Se focaliser sur la commémoration d’un événement particulier en faisant abstraction de sa signification et de ses conséquences (faut-il encore rappeler les horreurs qui ont suivi la défaite puis l’anéantissement de la Nouvelle France ?) procède d’abord d’une lecture événementielle de l’histoire privilégiant le divertissement par rapport à la réflexion historique : il n’y a rien de mal à se divertir mais le communiqué aurait alors dû se dispenser de donner des leçons d’histoire, de rigueur et de sérieux.

2.2 – La non prise en compte du contexte et des conséquences dramatiques de cette défaite constitue objectivement un mensonge par omission : du point de vue de l’honnêteté de la réflexion historique, ce n’est pas un exemple.

2.3 – Cette idée de fêter cette défaite est d’autant plus détestable qu’elle se produit dans un contexte de respect insuffisant des francophones et de leur langue : ainsi, tant que la capitale de l’Acadie (province dont on a effacé même le nom) portera le nom d’un bourreau expert en nettoyage ethnique, l’immonde Monckton, beaucoup de personnes ne pourront croire à la sincérité des autorités lorsqu’elles parlent de « devoir de mémoire ».

2.4 – Célébrer le souvenir d’une défaite dans le pays des descendants des vaincus et opprimés est du plus mauvais goût : ce n’est pas. par exemple, comme la Fête de Jeanne D’Arc célébrée à Orléans et non en Angleterre presque sans interruption depuis 1430 pour commémorer la levée du siège de cette ville par les Anglais, première victoire de Jeanne ; ajoutons qu’il s’agit à Orléans de fêter une libération et non, comme pour la défaite de 1759, le début d’une longue et brutale occupation.

2.5 – Malgré le tollé, « la Commission offrira une programmation sobre et respectueuse… » : autrement dit, c’est un recul a minima, contraint et forcé ; or il semble que maints Québécois et autres francophones ne veulent pas du tout d’une commémoration quelconque : pourquoi persister et s’obstiner ? Comme Musset aurait pu vous l’écrire,

« Mais craignez que vos airs bachiques
Ne réveillent les morts de leur repos sanglant.
»

2.6 – L’étude de cet événement et de ses conséquences relève du travail des historiens, dont le public intéressé apprécie toujours de lire et discuter les ouvrages ; tâche discrète, patiente, délicate devant être poursuivie en toute liberté, y compris celle de soutenir des thèses pouvant déranger les uns ou les autres : faire de l’ « entertainment », du tapage et des paillettes et brouillant l’esprit de tous, notamment des enfants, n’a pas d’intérêt dans cette perpective et ne peut que nuire au calme nécessaire à une étude sérieuse et honnête permettant d’approfondir la difficile mais indispensable connaissance du passé.

* * *

Une célébration ou une commémoration saines ne peuvent se faire que autour de ce qui rassemble et non de ce qui divise, surtout quand le contexte général si douloureux est ignoré avec autant de légèreté (ou de cynisme diront d’autres). Franchement, il y a mille autres et bien meilleures façons et occasions d’encourager l’intérêt pour l’Histoire : la Commission ne pourrait-elle pas tout simplement le reconnaître ?

Bien à vous

François GRIESMAR

Citoyen français résidant à Genève

— En date de : Lun 4.5.09, Joanne Laurin <joanne.laurin@ccbn-nbc.gc.ca> a écrit :

De: Joanne Laurin <joanne.laurin@ccbn-nbc.gc.ca>
Objet: RE: Spam:*******, A.J0 – À propos du projet de commémoration de la défaite des plaines d’Abraham (1759)
À: francois.griesmar@yahoo.fr
Date: Lundi 4 Mai 2009, 17h09

Bonjour M Griesmar,

je vous remercie de votre intérêt pour l’histoire et tiens à vous rappeler que les reconstitutions de la bataille des plaines d’Abraham (remportée par les troupes britanniques) et de Sainte-Foy (remportée par les troupes françaises) ont été annulées le 17 février dernier. Je joins le communiqué émis à cette occasion pour que vous en preniez connaissance.

Cordialement

Joanne Laurin
Agente de communication
Commission des champs de bataille nationaux
390, avenue de Bernières
Québec (Québec) G1R 2L7
Téléphone: (418) 649-6251
Télécopieur: (418) 648-3809

joanne.laurin@ccbn-nbc.gc.ca
www.lesplainesdabraham.ca

 


De : francois.griesmar@yahoo.fr [mailto:francois.griesmar@yahoo.fr]
Envoyé : 30 avril, 2009 07:29
À : information@ccbn-nbc.gc.ca; cabinet@mri.gouv.qc.ca; MilliP@parl.gc.ca; enqserv@international.gc. ca; info @pq.org
Cc : imperatif@imperatif-francais.org; avenirlf@laposte.net
Objet : Spam:*******, A.J0 – À propos du projet de commémoration de la défaite des plaines d’Abraham (1759)

Le 30 avril 2009

À propos du projet de commémoration de la défaite des plaines d’Abraham (1759)

(Ou comment perpétuer l’humiliation des francophones chez eux, au Québec)

Mesdames, Messieurs,

C’est avec stupéfaction et dégoût que j’ai appris l’existence du monstrueux projet consistant à célébrer la défaite des Plaines d’Abraham (1759), prélude pour les Canadiens francophones à des siècles d’humiliations multiples et constantes (cf. le célèbre « Speak White »), de politique de génocide linguistique et culturel, d’occupation brutale, voire de déportations et autres crimes relevant de ce qu’on n’appelait pas encore le nettoyage ethnique, crimes qui furent notamment invoqués par les Anglo-Saxons à l’appui de l’intervention de l’OTAN au Kossovo. Quelle insulte à la mémoire de tous ces opprimés et de leurs descendants !

Il semble que ce soit décidément très anglo-saxon, cet acharnement à humilier les vaincus et à pourrir l’esprit de leurs descendants, tels les Irlandais du Nord catholiques qui doivent subir chez eux tous les ans l’infâme défilé orangiste commémorant la défaite de la Boyne (depuis 1690 !…) et – implicitement – tous les effroyables malheurs qui ont suivi… « De nos jours, en Irlande du Nord, les Orangistes commémorent encore le souvenir de la victoire par des défilés. Ces marches orangistes, qui passent par les quartiers catholiques, sont considérés comme des provocations par les catholiques. Ces défilés alimentent les rivalités ancestrales qui sont la cause profonde des conflits permanents du XXe siècle entre Irlandais du nord. »  (Source : Wikipédia, version française). Le rapprochement avec l’idée de fêter la défaite de 1759 est évident : j’écris bien « fêter » car il faut oublier une fois pour toutes les euphémismes et plutôt regarder les documents en anglais, notamment ceux qui invitent les touristes anglais à venir assister à ce spectacle : eux, ils ne s’embarrassent pas de termes hypocrites.

Dans le même esprit, dans un pays volé à d’autres, l’Acadie, continuer à appeler la capitale du nom d’un bourreau – Monckton – organisateur de déportations brutales (6’000 maisons détruites, plus de 10’000 personnes chassées, des centaines de morts…) évoquant la germanisation féroce de l’Europe orientale par l’ordre teutonique au XIIIème siècle témoigne du même mépris illimité. Va-t-on aussi nous expliquer que c’est du passé alors que le nom de cette ville évoque quotidiennement le souvenir de ces horreurs ? À quand une « Kommémoration » de la déportation des Acadiens par l’ « Obersturmführer » Monckton avec animations « cool » du genre « Les hussards de Sa Majesté vont-ils rattraper la charrette de Pélagie ? » Exagéré ? Lisez ce qui s’écrit dans certains médias anglophones : la décence -et encore moins la repentance – ce n’est vraiment pas leur tasse de thé. « Certes, il faut [savoir] tourner la page, mais avant, il faut l'avoir lue. » (Jelio JELEV, Président de la Bulgarie, 1995) : la page de 1759 a-t-elle été lue et comprise ? On peut en douter au vu de ce projet...

Alors, plutôt que de s’attaquer aux enfants qui sont invités à s’amuser pour associer la défaite de 1759 avec un moment de joie, quand donc les anglophones se poseront la question de débaptiser la ville de Monckton pour lui redonner son vrai nom (Le Coude, Terre-Rouge ou encore La Chapelle), faible réparation des crimes de cet individu ?

Heureusement que maints Québécois, Acadiens, etc. ne se laissent pas faire et représentent pour de nombreux Français un soutien précieux et une grande source de fierté : alors, que les autorités publiques québécoises et fédérales ne se conduisent pas comme les pouvoirs publics français qui, en 2005, ont bassement prêté la main à l’organisation d’un spectacle rappelant une de nos pires défaites, en envoyant le porte-avions Charles De Gaulle (!!!) participer à la commémoration de notre catastrophique défaite de Trafalgar (1805)… sans que (quasiment) personne n’ait réagi (on peut imaginer par contre les ricanements des Britanniques devant cette servilité et ce manque de dignité la plus élémentaire). « Peu à peu nous prenons l’habitude du recul et de l’humiliation, à ce point qu’elle nous devient une seconde nature. » (Charles De Gaulle : propos tenus sur la situation de la France en 1939 mais qui restent, hélas, d’actualité)

La défaite de 1759 ne doit pas être commémorée, ni au Québec ni ailleurs : si les anglophones et leurs valets persistent dans leur volonté d’humilier et d’insulter les descendants des vaincus et la France, qu’ils en portent tous seuls la honte, et chez eux. Et si les autorités publiques souhaitent vraiment et sincèrement œuvrer à un rapprochement entre francophones et anglophones, qu’elles prennent les mesures nécessaires pour mettre un terme aux multiples empiètements ouverts ou sournois de l’anglo-étasunien au détriment de la langue française ; car on ne peut durablement coexister sans respect à l’égard de l’autre. Or, fêter la défaite de 1759 revient à contredire par un acte indélicat – et même insultant – la politique des autorités publiques, fédérales et locales, destinée à assurer et développer de bonnes relations entre les deux communautés linguistiques de ce pays : et, comme toujours, c’est aux actes et non aux intentions que l’on juge une politique.

Les autorités fédérales et locales canadiennes doivent se reprendre et abandonner ce projet indigne.

Bien à vous

François GRIESMAR
Citoyen français résidant à Genève