ANGLICISATION DE LA TÉLÉVISUELLE NUMÉRIQUE

Alors qu’on n’hésite pas à dénoncer haut et fort le moindre affichage en anglais, comment expliquer que l’on ne s’intéresse jamais ou bien peu à l’inégalité qui persiste dans un service aussi répandu que la télévision par câble.

L’offre de télévision numérique à Montréal est constituée de pas moins de 5-6 chaînes anglophones pour chaque chaîne francophone. Loin de moi l’idée de proposer une limitation des chaînes diffusant en anglais ou d’autres langues car je nous considère chanceux d’avoir un tel accès, mais comment se fait-il que cette même ouverture sur le monde ne soit pas offerte en français ? Comment en effet expliquer que nous n’ayons toujours pas au Québec un véritable accès à la télévision étrangère en français ? Alors que les chaînes américaines sont disponibles au Québec depuis les tout débuts du câble et que des forfaits de chaînes de langue espagnole, italienne et grecque sont offertes par Vidéotron, Bell Télé et Star Choice, l’accès au monde en français se limite toujours à TV5 (et parfois RFO) et ce, même si des chaînes françaises sont relayées et diffusées sur tous les continents. Les câblodistributeurs et les compagnies de distribution par satellite ont, au cours des dernières années, même retiré dans certains cas de leur grille des stations françaises!

Le marché québécois n’est pas suffisamment nombreux pour qu’une multiplication des chaînes spécialisées soit rentable. L’ajout de chaînes européennes pourrait permettre de tendre vers un meilleur équilibre. Or, les règles du CRTC interdisent la distribution de chaînes étrangères susceptibles de concurrencer des services canadiens. Ces règles visent à protéger les chaînes canadiennes et, si l’objectif est tout à fait louable, leur application aveugle mène lentement à une anglicisation de l’offre. On hésite à en faire une revendication, car personne ne souhaite froisser nos propres chaînes et artisans de la télé. Mais les chaînes européennes ne visent pas les mêmes revenus publicitaires et personne ne pourrait sérieusement prétendre que quelques chaînes françaises menaceraient notre télévision nationale à laquelle les Québécois sont généralement très attachés.

Certaines chaînes françaises sont déjà autorisées par le CRTC et n’attendent que d’être enfin distribuées par un câblodistributeur. C’est le cas des chaînes musicales Mezzo et Trace TV qui sont autorisées depuis bientôt 8 ans! Avec l’accès à plus d’une dizaine de chaînes musicales anglophones et la possibilité de capter directement les radios américaines, une plus grande diversité musicale francophone serait une bouffée d’air frais!

On répond toujours que l’offre ne fait que suivre la demande, mais le public de Vidéotron est majoritairement francophone et, d’après les sondages BBM, les chaînes spécialisées anglophones et américaines ne comptent respectivement que pour 2 et 1 % de l’écoute totale des francophones. Avec une offre en anglais cinq plus nombreuse que l’offre en français, faut-il conclure que la demande anglophone vaut plus que la demande francophone ?

La télévision occupe une place centrale dans la vie de l’immense majorité des Québécois et que ce déséquilibre linguistique mérite sûrement qu’on s’y intéresse davantage.

Les choses changeront si et seulement si les téléspectateurs le revendiquent auprès des câblodistributeurs, des compagnies de distribution par satellite et des politiciens et si le CRTC abandonne ses pratiques et politiques d’anglicisation et d’américanisation des ondes.

Impératif français