POUR UNE RENAISSANCE DE LA FRANCOPHONIE

Pour une renaissance de la Francophonie

Dans un article intitulé : « L’enterrement de la Francophonie est-il programmé ? » et publié le samedi 19 janvier 2008 dans le journal “Le Devoir”, l’ex-recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), Michel Guillou , dresse un constat sévère. « Ce constat » écrit-il, « est partout sans équivoque. Le meilleur baromètre, ce sont les jeunes et, dans mon cas, les étudiants. Certes, l’étudiant du Nord ne connaît pas ou peu la Francophonie, qui est pour lui un non-sujet mais, pour l’étudiant du Sud, c’est plus grave. Il se pose souvent la question de son utilité, allant jusqu’à penser qu’être francophone est un handicap. Il rêve du monde anglo-américain comme passeport vers le développement et la modernité. C’est là la réalité. Il faut la voir en face ».

Ce constat, poursuit-il, touche l’ensemble des locuteurs du français, en tant que langue maternelle ou langue officielle du pays où ils vivent. Pour eux, la Francophonie est inaudible, l’imaginaire francophone est en panne. Même pour ceux qui la soutiennent encore, les sommets francophones se caractérisent par des déclarations creuses et des consensus mous. Le déclin de l’intérêt des politiques est manifeste. Chez les employés de la francophonie institutionnelle, on constate une attitude de soumission, l’incapacité d’affirmer une spécificité, la présence d’un sentiment d’impuissance et, plus généralement, un malaise existentiel généralisé. La Francophonie semble s’être anesthésiée en même temps qu’elle s’est technocratisée.

Toute solution de redressement passe inévitablement par une prise de conscience de la situation actuelle dans ses principaux aspects et par l’élaboration d’un diagnostic clair. Dans cet article, après un bref tour d’horizon, je montrerai que l’évolution de la Francophonie ne doit rien au hasard et que son état actuel est le résultat de plusieurs influences au rang desquelles on peut d’abord mettre la politique d’expansion culturelle et linguistique anglo-saxonne qui dispose de nombreux relais, conscients ou inconscients du rôle qu’ils jouent, dans les divers pays membres de la Francophonie, à la Commission européenne, et ailleurs. L’état actuel de la Francophonie est dû à une reprogrammation des esprits et, aussi, à des conditions précises qui découragent un engagement des populations pour sa promotion et son développement. Ensuite, on verra que la francophonie institutionnelle n’apporte aujourd’hui aucune réponse efficace aux défis qui lui sont posés et que ses responsables jouent un rôle ambigu, qui font souvent le jeu de l’impérialisme linguistique anglo-saxon. Enfin, je m’attèlerai à définir quelques pistes de redressement qu’elle pourrait tenter d’appliquer mais, en tout état de cause, il est important d’éviter toute paresse intellectuelle. Non seulement, il nous faut tourner le dos aux poncifs, aux lieux communs, à une réalité artificiellement embellie et édulcorée qui déclenche les satisfécits des responsables se congratulant réciproquement, mais il faut également faire preuve d’audace dans l’élaboration des conditions permettant un véritable redressement. Dans cette perspective, il est trop tôt pour parler de programmes spécifiques car tout programme ne peut réussir que s’il est mis en place dans un cadre sain. Je m’attacherai donc à définir de telles conditions dans la dernière partie de cet article.

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