ON CULPABILISE LE PEUPLE

Extrait du texte « Le bilinguisme comme religion » à http://www.vigile.net/Le-bilinguisme-comme-une-religion

Actuellement, le parti des Anglais de Jean Charest et de Michelle Courchesne voit l’apprentissage du français uniquement par un bout de la lorgnette : celui de l’école. Il refuse d’obliger entreprises, organismes publics fédéraux et professionnels à fonctionner en français au Québec et à être rigoureux dans leur usage du français. Mme Courchesne vante la beauté de la langue française, culpabilise le petit peuple irrespectueux de cette beauté et abandonne les Québécois à un environnement linguistique où le français s’appauvrit sans cesse. Voici trois exemples de l’environnement linguistique hostile au français que subissent les Québécois.

Premier exemple : Radio-Canada abreuve constamment le public québécois d’imbécilités franglaises comme « scientifiques internationaux » (au lieu de « groupe international de scientifiques ») et « ronde de négociation » (au lieu de « cycle de négociation »). Deuxième exemple : L’administration fédérale accable le Québec d’un français douteux. J’ai essayé pendant plusieurs mois de faire corriger une expression fautive issue d’une politique du Conseil du Trésor et imposée à l’ensemble de la fonction publique fédérale. J’ai écrit à tous les hauts fonctionnaires concernés. Rien à faire. Dans des centaines d’avis de concours, chaque année, on continuera de dire « bilingue impératif » au lieu de « bilinguisme impératif ». C’est carrément rire de la langue française.

Troisième exemple : Diverses entreprises de taille respectable commettent des fautes qui finissent par avoir ensemble un effet néfaste sur la langue française. Parfois, ces entreprises refusent carrément de corriger leurs fautes, même lorsqu’un client prend le temps de leur donner tout cuit dans le bec une formulation française correcte.

Ainsi, la station de ski Le Massif, de Petite-Rivière-Saint-François, a la rubrique « groupes et corporatifs » dans l’entête son site Web. Des corporatifs ? Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi pas simplement « groupes ». Rien à faire. L’administration du Massif est bouchée et se fiche éperdument de la langue française. Cet exemple en apparence anodin est révélateur parce qu’il s’agit d’une entreprise établie au coeur du Québec français, dans la circonscription de Pauline Marois. Or, en anglais, le site du Massif ne contient pas de faute aussi flagrante. Par exemple, pour la rubrique en question, on dit « Corporate & Group Outings ». Quand vient le temps de plaire aux touristes anglais, la rigueur est de mise. Mais, la langue française, elle, peut être massacrée sans vergogne. On voit bien que l’appauvrissement de la langue est en partie attribuable à des Québécois de langue française qui ont fait du bilinguisme un crédo et qui négligent sérieusement leur propre langue. Le français n’est pas plus difficile en soi que l’anglais, mais quand on pense en anglais à longueur de journée ou qu’on baigne dans un milieu où le mauvais français pullule, le français peut effectivement paraitre plus difficile.

Si les gens qui ont un certain pouvoir de diffusion de la langue dans la société québécoise étaient tenus de diffuser autre chose qu’une langue de dégénérés, les Québécois trouveraient sans doute dans leur environnement linguistique les mots et les expressions qu’il leur faut et que l’école ne peut pas leur graver définitivement dans l’esprit pour les immuniser contre les usages fautifs dont la société les bombardera pour le reste de leur existence. (…)

Mesure proposée : Que les entreprises, les organismes et les professionnels du Québec soient tenus de s’exprimer non seulement en français, mais aussi dans un français correct. Pour ce faire, ils auront l’aide de l’Office québécois de la langue française. Les fautes dans les communications officielles comme la publicité ne seront pas sanctionnées, mais elles devront être corrigées. Le refus de corriger une faute pourra donner lieu à une sanction. C’est l’Office qui jugera s’il y a faute.

—– Fin de citation —–

Je vous propose d’interpeller la ministre Courchesne au sujet de la qualité du français. Pense-t-elle qu’avec ses dictées, elle réussira à neutraliser l’effet du mauvais français contre lequel l’État se refuse à agir et contre lequel le simple citoyen et même les organismes comme Impératif français sont apparemment impuissants? Adhère-t-elle à la même doctrine que sa collègue St-Pierre et que le reste du parti des Anglais du Québec, soit la doctrine de la loi du marché, qui dit qu’il revient aux consommateurs d’exiger d’être servis dans leur langue. Est-ce aux simples citoyens d’exiger que la langue de la nation québécoise soit respectée sur la place publique? Que doivent-ils faire lorsqu’on refuse de les entendre et qu’en plus, l’État et les municipalités subventionnent les fautifs sans les obliger à rendre des comptes?

Bernard Desgagnés
Gatineau