L’UNILINGUISME ANGLAIS

L’unilinguisme anglais prolifère à l’Université de Sherbrooke

Lettre ouverte au recteur de l’Université de Sherbrooke, Bruno-Marie Béchard

Jacques Poisson

Président du Mouvement estrien pour le français

le dimanche 23 novembre 2008

Au cours des dernières années, sont apparues plus de 60 grandes affiches unilingues anglaises sur les murs de l’Université de Sherbrooke. Elles sont principalement localisées dans les locaux de la Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSSUS) et du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). Résumant et illustrant les résultats des travaux de recherche effectués par les professeurs de la faculté, ces affiches excluent le français.

Depuis un an, le Mouvement estrien pour le français (MEF) a interpellé le CHUS et l’université à plusieurs reprises à ce sujet. Comme réponse, en janvier 2008, on a placé une affichette à côté de ces grandes affiches unilingues anglaises. On y mentionne que les informations scientifiques des affiches sont destinées aux professeurs et aux étudiants de la faculté – pourtant très majoritairement francophones. Or, justement, en tant qu’institution d’enseignement de langue française, en tant qu’employeur, l’université est tenue d’utiliser le français dans ses communications, y compris dans ses communications scientifiques par affichage.

Le 27 octobre dernier, le doyen de la faculté, le Dr Réjean Hébert, a émis une directive pour que ces affiches soient retirées des murs. Cette directive a soulevé les protestations de certains professeurs qui se sont adressés à la direction de l’université en dénonçant la décision du Dr Hébert comme étant raciste, obscurantiste, et visant à étouffer la recherche à l’Université de Sherbrooke!

Dans un revirement inattendu, le 13 novembre, le vice-recteur, Louis Marquis, a envoyé à tous les doyens une consigne annulant la directive du doyen Hébert, en prétextant que l’affichage unilingue anglais était conforme à la Charte de la langue française et avait été approuvé par l’Office québécois de la langue française (OQLF).
Cette position de l’université est déplorable pour plusieurs raisons :

  • La pratique d’affichage en question n’est pas conforme à la politique linguistique de l’université qui stipule sans équivoque que l’affichage interne, même à caractère scientifique, doit être en français. L’OQLF accepterait-il qu’une université ne respecte pas sa propre politique linguistique? Si la loi oblige les universités à se doter d’une politique linguistique, ne doit-on pas s’attendre à ce qu’elles la respectent? Ou l’exercice ne sert-il qu’à noircir du papier?
  • L’université a émis cette directive alors que l’Office analyse actuellement plusieurs plaintes reçues au sujet des pratiques linguistiques de la Faculté de Médecine. Il n’a donc pas donné un avis final sur la question. Aucun des responsables de l’OQLF joints par le MEF n’a appuyé la position de l’université. Les discussions informelles entre l’OQLF et l’université n’ont donc pas la teneur suggérée par M. Marquis. La direction universitaire aurait dû attendre les conclusions de l’enquête avant de renverser la décision. Il serait inadmissible que l’Office québécois de la langue française accepte qu’une de nos universités francophones, ces fines fleurs de la culture québécoise, transgresse ou viole la Charte de la langue française.
  • La précipitation à agir de l’université est d’autant plus suspecte que le doyen Hébert n’a pas été consulté, étant en congé sans solde pour être candidat du Parti Québécois dans la circonscription de Saint-François. Si le Dr Hébert devait réintégrer son poste de doyen après la campagne électorale, sa crédibilité et son autorité seront minées par ce désaveu cinglant de l’université, qui aura renversé une décision très délicate deux semaines après qu’il l’ait prise. La tâche du Dr Hébert sera très difficile s’il veut apporter les correctifs qui s’imposent à la situation linguistique dans sa faculté.
  • Dans sa directive du 13 novembre, Louis Marquis donne raison à ceux qui affirment que l’unilinguisme anglais est nécessaire pour valoriser la recherche. Personne ne s’oppose à ce que les chercheurs de l’université utilisent l’anglais lorsqu’ils présentent leurs travaux dans des congrès anglophones. Cependant, l’affichage de leurs résultats dans les corridors de l’université doit se faire en français. En quoi le fait de produire une version française de leurs affiches nuirait à leurs travaux? Pourquoi ces grands chercheurs, qui dépensent des milliers de dollars pour aller faire des présentations en anglais dans un autre pays, refusent-ils de dépenser beaucoup moins pour produire une version française de ces affiches? Et comment expliquer que plusieurs sites internets qu’ils ont montés, et qui sont cautionnés par notre université francophone (riboclub.org lgfus.ca) n’utilisent que l’anglais?
  • Plutôt que de faire l’autruche, l’université devrait admettre que malheureusement certains de ses professeurs méprisent le français – une des cinq langues internationales consacrées par l’ONU – et le considèrent comme une langue de deuxième classe, tout juste bonne, comme l’affirmait un directeur de département, le 3 novembre dernier, pour « … quelques pays du tiers monde … où la recherche est inexistante ou inconnue… ». Comment expliquer que, sans réagir, une université francophone laisse un directeur de département dévaloriser ouvertement le français en adressant des propos pareils à ses subordonnés?

Face à de tels dérapages, le Mouvement estrien pour le français demande à nouveau à l’Université de Sherbrooke de voir à ce que l’esprit et la lettre de la Charte de la langue française, et de sa propre politique linguistique, soient respectés à l’intérieur de ses murs.


Voir aussi :

La Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et le CHUS affichent leurs résultats de recherche uniquement en anglais

La « priorité » du français, à l’Université de Sherbrooke

Sites unilingues anglais de l’Université de Sherbrooke

Autres photos d’affiches unilingues anglaises produites par l’UdeS, pour ses étudiants et le grand public

Research at the Faculty of Medicine, University of Sherbrooke


Copie à :

Bruno-Marie Béchard, recteur de l’Université de Sherbrooke
recteur@USherbrooke.ca

Christine St-Pierre, ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française
ministre@mcccf.gouv.qc.ca

Mario Dumont, chef de l’opposition officielle
mdumont@assnat.qc.ca

Pauline Marois, chef du Parti Québécois
pmarois-chlv@assnat.qc.ca

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