LANGUE FRANÇAISE

On culpabilise les francophones, tantôt parce qu’ils parleraient mal leur langue, ne la feraient pas respecter dans les commerces, et tantôt parce qu’ils n’apprendraient pas l’anglais. Serait-ce plutôt qu’on a abandonné la société québécoise à son triste sort linguistique? Que nos gouvernements et nos leaders tiennent un discours qui valorise l’anglais? Et qui dévalorise le français?

Peut-on reprocher aux francophones de mal parler le français lorsqu’ils doivent naviguer tous les jours dans un environnement linguistique hostile, où l’anglais est omniprésent? Nous savons tous que la qualité du français est étroitement liée à la quantité de français et à son statut! Les gens prennent les mots qu’ils trouvent autour d’eux. Le français ne s’apprend pas seulement à l’école, mais aussi et surtout dans la rue, au centre commercial, dans les loisirs, au travail et dans les médias, où les autorités publiques semblent vouloir que les lois du marché régissent seules les usages linguistiques. Compte tenu du poids énorme de l’anglais sur le continent, le français n’a aucune chance si on s’en remet ainsi aux lois du marché.

Peut-on reprocher aux Québécois de ne pas se servir de leur pouvoir d’achat pour faire respecter le français? Le peuple est peut-être fatigué de la complaisance des autorités gouvernementales et, par conséquent, de devoir constamment se plaindre des gens, de plus en plus nombreux, qui ne peuvent pas parler français ou refusent de le parler. On ne doit pas tolérer au départ que des gens puissent travailler au Québec dans un environnement multilingue sans connaître la langue commune. Le français doit être enseigné à tous. Dans les collèges et les universités anglophones subventionnés avec les deniers publics, les étudiants doivent suivre et réussir assez de cours en français pour pouvoir travailler en français. Est-ce la faute du peuple si les autorités publiques ne prennent pas leurs responsabilités relativement à l’apprentissage du français?

Pourquoi les francophones seraient-ils coupables, par surcroît, de ne pas connaître la langue anglaise? Les unilingues du Canada anglais, qui constituent 93 % de la majorité anglophone, sont-ils coupables de ne pas connaître le français? L’unilinguisme de Saguenay n’est pas moins acceptable que l’unilinguisme de Moose Jaw. Si des unilingues anglais peuvent être intelligents et prospères à Toronto, Calgary et Vancouver, il devrait en être de même pour des unilingues français à Montréal, Québec et Gatineau. Ce n’est pas la faute du peuple si l’anglais devient nécessaire à cause de la démission et la soumission des autorités publiques. Les unilingues français du Québec ont droit au même respect que les unilingues anglophones de l’Ontario, du Manitoba…

Le peuple québécois aspire simplement à vivre, à travailler, à se divertir et à croître dans sa langue comme tous les peuples normaux. Si le français se porte mal au Québec, la faute n’incombe pas au peuple, mais à nos dirigeants qui s’acharnent à nous culpabiliser au lieu de prendre leurs responsabilités.

Jean-Paul Perreault
Président
Impératif français
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