LA VERTIGINEUSE DÉCHÉANCE

Mme Christine Albanel
ministre@culture.fr
Ministre de la Culture
République française

Lettre ouverte

France 24, la télévision française et… la France
Réf. – http://www.vigile.net/France-24-ou-les-nouvelles-a-la-p

Madame,

Je désire exprimer publiquement mon « contentement » devant cette critique intelligente et articulée de la télévision française, de la chaîne d’information « France 24 » en particulier.

Même « Arte » et « TV5 », et avec raison du reste, n’échappent pas à la plume de l’auteur.

Celui-ci vise dans le mille sous toutes les facettes : « orientation » de l’opinion publique, anglicisation/américanisation (amérie-mécanisation ?) tout azimut, hyper commercialité du médium (toutes chaînes confondues), vacuité croissante des contenus d’émission, sexualisation de tout et presque tout le temps (et pas seulement dans l’univers de la publicité et des réclames : comme si les décideurs des réseaux étaient tous figés à vie dans leur adolescence, il est vrai, alors qu’espérer apercevoir le sein de la voisine de palier constituait à l’époque, visiblement, pour un grand nombre d’entre eux pour le moins, la principale préoccupation de leurs jours).

Un détail au passage. À l’heure où la France, et en cela tout à fait aux antipodes de la saine résistance des gens d’honneur et de dignité qui se respectent eux-mêmes, constitue à elle seule un authentique vecteur d’anglicisation de la planète (notamment dans ses rapports avec l’ensemble des pays francophones !), on comprend mieux, par exemple, que « France 24 » (bien que ce ne soit pas beaucoup mieux, il faut bien le dire, chez l’ensemble des grandes chaînes publiques dites françaises) passe à toutes fins utiles sous silence (elle y fait référence de manière furtive et/ou allusive, sinon sous le manteau) l’important Sommet de la Francophonie qui se déroule actuellement dans la capitale de ces irréductibles Gaulois nommés Québécois.

Ce qui explique sans doute également que si l’on désire communiquer avec cette antenne, qui selon toute vraisemblance fait la fierté du Président de la République, il faille s’adresser à rien moins qu’au « Web Desk » des lieux (webdesk@france24.com). Mais à quoi bon s’attarder à ces « vétilles », nous répondra-t-on sur-le-champ : le divorce de Madonna n’est-il pas beaucoup plus préoccupant… ?

Et il y en a ensuite pour s’étonner que l’on puisse « siffler » l’hymne national !

Or la servitude volontaire est-elle donc à ce point incrustée dans nos gènes nationaux (« Les Français sont des veaux », disait le grand Charles) que nous en soyons rendus à considérer chaque acte de négation de soi comme un acte de « civilisation »… ?

Il semblerait que nous ne sachions plus en effet, nous Français, opposer quelque digue que ce soit au ridicule. Bien au contraire. Nous déployons des trésors d’imagination (et de justification : « Le déni et la mauvaise foi sont les deux outils heuristiques du discours hexagonal de notre temps », écrit un Québécois de ma connaissance) afin de rendre celui-ci le plus omniprésent possible ; et ce dans toutes les sphères de la société. Et à la télévision, n’en doutons pas, plus encore que partout ailleurs.

Du feu prométhéen, du silex et de la roue à la démocratie et à la Déclaration universelle des droits humains, puis enfin aux guerres absolument injustifiées fondées sur le mensonge à l’échelle planétaire, ainsi qu’au capitalisme à visage inhumain (mais tout de même sous complet-veston de cachemire dernier cri), plusieurs millénaires d’un travail absolument colossal de civilisation pour en arriver « là ».

N’est-ce pas tout simplement désastreux ?
Et désespérément tragique.

Hélène Pisier, qcindependance@yahoo.fr

17 octobre 2008

cc : Quelques personnes choisies susceptibles, je veux le croire, de se voir interpellées par ces questions