LA LOI DE LA DIGNITÉ

La loi de la dignité
(Lettre ouverte à Mme Christine Saint-Pierre, ministre de ma Langue)

Mme Christine St-Pierre
ministre@mcccf.gouv.qc.ca
Ministre de la Culture et des Communications,
Ministre de la Condition féminine,
Ministre responsable de l’application de la Charte de la Langue française

Madame la ministre,

Madame, je suis déçue, extrêmement déçue, par votre manière de conduire l’un des dossiers les plus sensibles qui soient pour la collectivité québécoise.

Le mensonge (fût-ce par abstention ou par censure), la dissimulation, un Office québécois de la Langue (rigoureusement indépendant et apolitique par définition) dirigé par une idéologue – j’ai nommé France Boucher (pourquoi pas William « Bill » Johnson, Denis Coderre, Jack Jedwab, Serge Joyal ou Beryl Wajsman [cet anti-Québécois notoire du « Suburban » of the Montreal’s West-Island], pendant qu’on y est..?) – pour qui, vraisemblablement, l’esprit profondément « provincial » et la partisanerie politique se logent bien haut au-dessus de la langue française.

Or quand les responsables d’un dossier aussi crucial, aussi fondamental que la langue française, dans notre patrie d’Amérique, ne sont pas, ne sont plus dignes de confiance, c’est une allumette – étanche (ou waterproof, dirait peut-être cette dernière) – que l’on dépose sur un wagon entier de barils de poudre.

Madame la ministre, par son incurie et son incapacité congénitale à incarner ce qu’il serait convenu d’appeler la Québécitude, votre gouvernement est en bonne voie de provoquer rien moins qu’un climat de violence.

Car enfin, contentieux parmi cent et un autres sur cette question vitale, vivre à Montréal c’est de plus en plus vivre en (ou visiter un) pays étranger (hormis, bien sûr, pour celui qui nous fait office de premier ministre). S’imagine-t-on un instant un unilingue francophone à Toronto dont la vie, notamment, professionnelle, serait plus heureuse et plus enviable que celle de l’immense majorité des unilingues anglophones de ladite Queen’s City ??? C’est rien de dire que nous sommes un peuple en péril. Rien du tout. Le drame – que dis-je ? la tragédie -, c’est notre esprit suicidaire bien plus encore que le rhodésianisme d’un bon nombre de nos Anglos ; lesquels semblent toujours saisir le monde avec les yeux, et l’armada idéologique, de l’Empire de la vieille Victoria. Si ! un peuple suicidaire. Au point de se donner des gouvernants qui lui tirent dans les pieds, dans la tête. Dans le coeur. En répétant qu’il n’y a pas, qu’il n’y a jamais de crise. Puisque, puisque… l’agonisant, paisible, s’éteint sans cris, sans bris, sans bruit. Tout est bien. Business as usual.

Hormis, disais-je… Car il est clair qu’à Westmount, où « on » lui a offert une somptueuse résidence (saura-t-on d’ailleurs un jour qui se dissimule derrière ce « on » ?), cet usurpateur des intérêts supérieurs du Québec (quel autre nom donner à ce premier ministre, en effet ?) se sent pleinement chez lui. Retiré comme dans un refuge. Tout est bien. Business as usual.

Madame la ministre, je ne sais plus si c’est le mépris, la colère ou l’infinie tristesse qui m’habitent en priorité. Mais dites-vous bien que si on ne peut plus avoir confiance à l’État québécois pour protéger et promouvoir le coeur même de ce que nous sommes comme peuple, eh bien sachez alors que je ne crèverai pas dans mon identité citoyenne sans emporter avec moi quelques-uns des instruments de cette trahison de la nation. Ma disparition, si nécessaire, je suis prête à l’assumer. S’il le faut vraiment. Mais une mort sans lutter, jamais. Jamais. Il m’importe, madame, par acquit de conscience, que vous le sachiez.

Je subodore que vous m’avez déjà comprise. C’est qu’en dépit du fait que vous soyez très mal entourée, madame, je vous accordais jusqu’à maintenant le bénéfice du doute. Mais avec votre « étude/sondage » de quatorze lignes (entre autres bavures) pour légitimer l’« autruchement » et l’inaction, vous avez perdu le capital de crédibilité que votre carrière de journaliste (intègre, je crois) vous insufflait d’emblée (non sans raison, je pense). Aussi comment accorder quelque intérêt, dorénavant, à des laïus lénifiants du style de ce que vous nous avez concocté – votre amie de l’OQLF parlerait sans doute de « Damage Control » – dans Le Devoir du jour (http://www.ledevoir.com/2008/01/31/173997.html) ? Words ! Words ! Words !, ajouterait Shakespeare. Car si les mots, surtout français, pour nous, Québécois(es), sont importants, les utiliser comme justificatifs du laisser-aller et de la négation mentale de problèmes criants, criants et chroniques (par effet de l’irresponsabilité sinon de la lâcheté), ça ne vaut plus la peine. Plus du tout. Parce que ça ne veut plus rien « dire ». For sure. Les meilleures intentions ne sont que flatus voci, madame, si les actes n’accompagnent pas celles-ci. Or votre équipe est à la barre de l’État du Québec depuis maintenant plusieurs années. Une éternité, quoi…

Cela dit, consolez-vous tout de même un court instant, madame la ministre : votre collègue Michaëlle Jean, dont la crédibilité n’était pas mince non plus dans cette boîte pourtant douteuse à tant d’égards nommée Radio-Canada, a perdu la sienne, sa crédibilité, dès le premier jour de sa sortie so much vice-royale. Comme dans : vice, you know ?

Je ne crois plus en M. Jean Charest depuis longtemps. Je n’ai plus confiance non plus en l’Office de la Langue française (et ça c’est encore plus freakant ! comme dirait mon fils), à la fois muselé, politisé et noyauté par des fonctionnaires sans envergure et/ou sans éthique (et désespérément incompétents de surcroît, pour certain(es) d’entre eux/elles), et dont le mandat principal semble consister à répéter ad finitum que la climatisation fonctionne à merveille dans la maison en flamme. Ce que d’ailleurs s’empressent de « confirmer » tous les André Pratte, tous les Don MacPherson et toutes les Lysiane Gagnon de notre Beautiful Mount Treal.

Même le ministre Philippe Couillard, qui n’a rien réglé dans l’univers de la Santé (ou si peu, en dépit sans doute de sa bonne volonté, sinon pour y officialiser le bilinguisme à coût de milliards – de milliards !!! – de dollars par deux systèmes parallèles – comme si un seul n’était pas déjà terriblement onéreux – déboursés par les citoyens massivement francophones d’un État officiellement français), et de qui j’attendais un minimum de savoir-faire, ne trouve rien mieux à faire de son temps, désormais – et en plein 400e anniversaire de la Francité en Amérique, SVP ! – qu’à éradiquer le terme « nationale » associé jusque-là (jusqu’à lui…) à « Capitale », ou à faire profession de foi à chaque First of July, main sur le coeur, au pays des Stéphane Dion.

Madame la ministre, je vous croyais différente. J’ai fait erreur. Pardonnez-moi.

Reste que si l’incompétence, l’incurie et la malhonnêteté de votre gouvernement devait à la fin avoir raison de ma « peau », sachez tout de même, madame, j’y insiste, qu’elle a un prix cette « peau ». Même si elle n’est plus forcément, disons, « jeune-jeune ».

Car c’est au baroud d’honneur que vous et votre gouvernement conviez un peuple entier. Or, en pareilles circonstances, exceptionnelles, il n’y a plus de loi qui tienne. Sinon la plus implacable, la plus radicale de toutes.

La loi de la dignité.

Jolière Gauthier
Joliere@sympatico.ca
Capitale (non nationale, de l’avis, comme vous savez, de votre très provincial collègue " Couillard ")
01-02-2008