LA FRANCE À L’HEURE DU « BINGE DRINKING »

Il ne se passe pas une semaine en France sans qu’apparaisse une nouvelle expression anglaise dans le paysage médiatique. Voici donc venu le temps du "binge drinking" (binge est un mot anglais du vocabulaire familier que l’on pourrait traduire en français par noce, au sens vulgaire du mot qui est le sien dans faire la noce).

Il y a quelques jours un événement a soulevé quelqu’émoi en France. Deux adolescentes de 16 ans ont été découvertes, vers 9 H du matin, en coma éthylique, dans les toilettes de leur lycée, à Abbeville (dans le département de la Somme). A l’heure du petit déjeuner, avec trois "copines", elles avaient bu quatre à cinq verres de vodka-cerise (la boisson favorite des jeunes en ce moment disent les spécialistes de la question) dans un bar irlandais avant d’aller en cours le quotidien (Aujourd’hui en France du 19/01/2008). Ce n’est certainement pas la première fois qu’une telle dérive a été constatée, mais celle-ci a été ébruitée parce que les parents ont porté plainte contre le patron du bar.

C’est que, dans le "binge drinking" nous apprend la presse (voir en pièce jointe), il faut être ivre le plus rapidement possible en absorbant de grosses quantités d’alcool. Un "phénomène né outre-Manche", qui s’avère en nette progression en France chez les jeunes, même "s’il n’atteint pas les niveaux du Royaume-Uni (où 23 % des 16 ans reconnaissent avoir été ivres au moins trois fois durant les trente derniers jours)". A en croire le docteur Philippe Batel, alcoologue à l’hôpital Beaujon de Clichy (Hauts-de-Seine), cité par ce quotidien, "beaucoup de parents s’amusent de la cuite de leur fils et y voient même un signe de virilité !" Des parents certainement très "modernes".

On aurait évidemment pu parler, tout simplement et par exemple, de beuverie juvénile plutôt que de "binge drinking". Mais cela ferait vraiment ringard. Il faut aller de l’avant et "vivre avec son temps", qui est celui du changement de tout, tout le temps. Car le phénomène est nouveau et la langue française est désormais réputée impropre à exprimer la modernité, qu’elle se manifeste par une avancée ou par une régression, comme c’est le cas ici. On pourrait, aussi, recourir parfois à des mots d’une autre grande langue européenne, telle que l’espagnol ou l’allemand (l’italien n’est pratiquement plus enseigné). Mais cela est devenu quasiment impossible pour la bonne raison que l’usage de l’anglais, et de lui seul, est désormais souvent perçu, en particulier par les élites dirigeantes dont beaucoup rêvent ni plus ni moins de devenir anglophones, comme un levier indispensable de promotion personnelle.

Jean-PIerre Busnel
jpabusnel@wanadoo.fr