LA FRANCE

Château de Montvillargenne
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Du général au particulier : « Englissement » systématique de la France

Bonjour,

Québécois régulièrement de « retour », depuis des années, en cette France que j’ai longtemps aimée, je me vois désormais extrêmement déçu par ce pays qui s’anglicise partout, tout le temps et de toutes les façons imaginables. Et inimaginables.

Aussi est-il certain que jamais ma famille et moi ne logerons à une enseigne comme la vôtre, au Château de Montvillargenne, alors que c’est en anglais, et en anglais seulement, que vous nous invitez à venir nous y installer.

S’adresser dans la langue de Shakespeare à une clientèle anglo-saxonne, je le comprends fort bien en milieu à haut coefficient de touristes. En revanche, profiter de l’occasion, chez une maison française, et en France même, pour éradiquer totalement la langue du pays (p. 313 de « Paris Hébergements », édition 2008-2009 de ce guide édité par… l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris) ne participe plus du tout de l’ouverture, de la courtoisie ou de l’hospitalité.

Ce comportement relève tout simplement d’une attitude de colonisé :

Anything but my own language !

Il faut dire que la subordination du français à l’anglais dans le placard publicitaire des « hotelsresapartners.com », en p. 9 du même document, ne pêche pas non plus par excès d’estime de soi. Il en est de même dans le « Paris est à vous ! », également édité par L’OTCP, et distribué à des dizaines voire des centaines de milliers d’exemplaires, alors que l’unilinguisme anglais, en quatrième de couverture, par exemple, côtoie allègrement, derechef, la subordination du français bien en dessous de la langue de George W. Bush.

Comme si des quelque six mille langues qui se parlent sur la Planète, il n’y en avait plus qu’une seule digne de ce nom. Et que cette langue n’est surtout pas la langue des Français. Pas même en France. Surtout pas en France.

Vous ne semblez pas vous rendre compte, amis d’outre-Atlantique, qu’à force de vous prostituer de la sorte (le terme me semble juste et nullement excessif), il n’y aura bientôt plus personne pour avoir envie de (re)venir vous voir. Car une France non française, j’en suis convaincu, n’intéressera plus personne.

Et pour ma part, c’en est trop. Vraiment trop. Le Château de Montvillargenne constitue la goutte d’eau qui aura fait déborder le vase.

Demeurant sur un (in)Continent massivement anglo-saxon (l’Amérique du Nord), je ne vois vraiment plus l’intérêt de traverser l’Atlantique à grands frais pour aboutir dans un pays en tous points semblables à celui qui existe à 50 minutes d’automobile de mon domicile québécois (publicité, raisons sociales, marques de commerce, ambiance musicale en tous lieux, programmation télévisuelle largement étatsunienne, langue méconnaissable et déglinguée jusque dans son lexique, sa syntaxe et sa morphologie, etc.: tout, mais absolument tout, se « défrancise » en France).

J’ai aimé la France. Longtemps. Profondément. Sincèrement.

Hélas ! la France, pour sa part, ne semble éprouver passion désormais que pour le travail accéléré de sa propre dépersonnalisation. De sa propre négation.

De sa néantisation heureuse, complaisante et définitive, eût pu ajouter l’auteur de La Nausée.

Bien à vous,

Nicolas St-Gilles,

Un Québécois toujours plus déçu, cruellement déçu, à chacune de ses visites au pays de ses ancêtres. C’est pourquoi – les sirènes m’ayant suffisamment abusé, au fil des décennies, vers les récifs du mépris généralisé de soi que constitue, en un mot, la France de notre temps – je n’y compte plus jamais revenir. Car si (et seulement si) la culture française a toujours un avenir devant elle, ce dont je ne saurais jurer (les 5% de la francité mondiale que représente le Québec ne pourra tenir tout seuls encore bien longtemps…), celui-ci ne se loge assurément plus en terre de France. Où je ne trouve plus ni l’amitié, ni la solidarité, ni la fierté. Ni même la dignité élémentaire. Qui s’appelle : le respect de soi-même.

Paris, lundi le 4 août 2008