DRAPEAU FLEURDELISÉ

Le 60e anniversaire du drapeau fleurdelisé

commémoré à Paris, au bar " l’Envol Québécois ", rue Lacépède

Résumé de l’allocution de Philippe KAMINSKI, darta.planchet@gmail.com

Lundi 21 janvier 2008

Il y a 60 ans, heure pour heure (15 heures là-bas, 21 heures ici), le drapeau du Québec était hissé pour la première fois en haut de la tour du Parlement.

J’avais appris presque par hasard l’annonce de cet anniversaire lors de ma visite au MNQ (Mouvement national des Québécoises et des Québécois), le 18 octobre dernier.

Je me suis dit, voilà l’occasion de donner une première réalité à un projet auquel je réfléchis depuis un certain temps, à savoir tenir à Paris, trois ou quatre fois dans l’année, à des dates symboliques pour l’histoire du Québec et si possible en résonance avec des événements organisés là-bas, une réunion informelle de soutien à la cause indépendantiste, éventuellement structurée autour d’une causerie, et à laquelle seraient conviés les Québécois sympathisants de passage. Eh bien c’est fait, nous tenons notre première réunion ce soir, et j’espère que c’est le début d’une longue série ininterrompue.

Faute de temps, nous n’avons pas cherché à organiser une information systématique des Québécois de Paris ou en visite à Paris ; nous verrons comment nous y prendre la prochaine fois. Et en fait de causerie, il n’y aura ce soir que mes quelques mots en l’honneur du fleurdelisé, et une information sur l’opération " Donnons le nom de Québec à une rue de notre ville "  qui reprendra dès après les proches élections municipales.

Tout d’abord, je dois avouer que j’ignorais tout de cette date du 21 janvier 1948. Et pour cause : le 60e anniversaire est le premier qu’on commémore ! Il y a bien eu une tentative, dont je n’avais pas entendu parler, pour les 50 ans, mais le verglas avait tout fait annuler.

Et ce n’est que l’année suivante, en 1999, que le 21 janvier a été déclaré là bas " jour du drapeau ". Mais on ne le fête vraiment, pour la première fois, que cette année.

Car en 2007, le MNQ fêtait son 60e anniversaire, auquel il a voulu donner un lustre particulier, et le prolonger en point d’orgue sur celui du drapeau, autour du 21 janvier 2008. Il y a des événements dans plusieurs villes du Québec, et donc aussi à Paris.

Hé bien, pourquoi ne pas remettre ça maintenant tous les ans ?

* * *

Derrière toute date, tout anniversaire, il y a des ambiguïtés. Je veux ici exprimer clairement qu’à mon avis, il n’y a d’anniversaire qui vaille d’être célébré que s’il est d’abord joyeux, ensuite constructif, enfin et surtout, décomplexé.

Joyeux, cela va de soi ; car à quoi sert-il, je vous le demande, de se réunir pour arborer une mine compassée, pour s’enfermer dans une lugubre religiosité du souvenir ?

Constructif, cela devrait aussi aller de soi aussi, en tout cas cela se prouve en marchant ; nous ne sommes plus en 1948, Duplessis est bien loin, nous ne sommes plus au temps de René Lévêque avec un monde partagé en deux blocs, nous ne sommes déjà plus en 1995 au temps du second référendum. Tout change, nous devons être de notre temps, anticiper et construire.

Décomplexé, ça c’est vraiment l’essentiel. Si l’Histoire n’est là que pour nous enfermer dans les nostalgies, les blocages mentaux, les controverses d’antan et les vieux comptes à régler, alors au diable l’Histoire ! Mieux vaut encore s’en passer.

Devant l’Histoire et ses anniversaires, il ne faut faire aucun complexe. Les références historiques, c’est comme les paroles d’une chanson. Il ne faut pas oublier la mélodie, car ça forme un tout ! Et les paroles d’une chanson, on ne les prend jamais au premier degré. On chante, et c’est tout. On se fait plaisir. On emmagasine de l’énergie pour agir ensemble.

Alors, levons nos verres et chantons au Québec !

* * *

S’agissant du Québec vu par les Français, nous connaissons trop bien certaines attitudes.

Il y a des gens qui se disent partisans du Québec par fidélité gaulliste. Voilà un bon début, mais si on s’en tient là, cela ne suffit pas à effacer un océan et deux siècles d’histoire séparée. Un scepticisme argumenté et réfléchi est souvent bien préférable à une sympathie qui n’est fondée que sur la sensibilité !

A l’inverse, d’autres s’affirment antiquébécois et partisans d’un Canada unitaire, soit parce que, traditionalistes, ils en veulent au Québec de s’être déchristianisé, soit parce que, libéraux (au sens européen), ils en veulent au Québec d’avoir mené une politique industrielle nationale et d’avoir largement développé l’État Providence. Là encore, sensibilité, sensibilité !

Tout cela relève vraiment du degré zéro de l’analyse politique.

Un peu de hauteur !
Un peu d’élégance !

Et rappelons-nous : non-indifférence, mais non-ingérence.
Nous ne ferons pas le travail des Québécois à leur place.
Nous voulons juste leur témoigner notre amitié.
Et nous aussi, nous avons des intérêts. Qu’il nous faut défendre, égoïstement si nécessaire.
Et notre intérêt passe, en ce début de siècle, par la création d’un État français, d’un pays français indépendant en Amérique du Nord. Nous voulons cet État, non pas tant pour la beauté de la chose, non pas pour prendre une revanche romantique sur l’Angleterre de 1760, non pas pour l’idée de Progrès ou une autre, mais parce que c’est notre intérêt bien compris.

A nouveau, levons nos verres et chantons au Québec !

* * *

Je termine par un mot sur la fleur de lys.
On ne pouvait empêcher cette question et bien entendu elle a fusé de toutes parts :
– le 21 janvier, c’est un jour de commémoration pour les royalistes français… alors, un drapeau à fleurs de lys ? Est-ce une coïncidence ?

Je ne suis pas certain à 100% de ma réponse, juste à 99,9%…

Oui, c’est une coïncidence. Rien, absolument rien, n’indique que la mort du roi Louis XVI ait pu jouer le moindre rôle dans l’imaginaire collectif canadien-français. Et rien n’indique que les Vendéens, les émigrés, plus tard les ultras, puis les deux familles du royalisme parlementaire du 19e siècle n’aient eu la moindre pensée pour le Canada. Quand le Comte de Paris effectue une visite triomphale au Québec en 1890, après être allé revoir les lieux des batailles de la guerre de Sécession à laquelle il avait participé 25 ans auparavant, il est d’abord accueilli en ami personnel de la reine Victoria, et au grand dam des autorités françaises. Plus tard, quand le chanoine Lionel Groulx crée son journal et son mouvement l’Action Française, celle-ci n’a qu’homonymie avec celle de Charles Maurras, mais aucun lien d’aucune sorte.

C’est donc une coïncidence… qui avait une chance sur 366 de se produire, car, en plus, 1948 était une année bissextile.

Royaliste, le fleurdelisé l’est assurément. Mais il l’est de Louis XIV, qui orne la si jolie Place Royale de Québec. Il l’est de son administrateur Jean Talon, véritable fondateur du Canada. Il témoigne du souvenir, de la fidélité à cette histoire là, totalement séparée de la nôtre, répétons-le, pendant deux siècles.

Ceci étant, si la fête du drapeau québécois et de ses fleurs de lys, le 21 janvier, devait amener de nouveaux royalistes français à devenir des amis du Québec libre, je n’y verrais que des avantages… des avantages, disons, collatéraux.

Quant aux républicains, puisse la fréquentation du fleurdelisé leur rappeler toute la diversité, toute la grandeur et toute la richesse de notre Histoire, qui n’a pas commencé en 1789… ni a fortiori un certain 21 janvier.