BISCUITS LECLERC

Lettre ouverte aux Biscuits Leclerc

Objet : « Avec ses 53 ans d’expérience, le président du conseil de notre entreprise fondée il y a 103 ans, Jean-Robert Leclerc, est, sans prétention, le président d’une compagnie agroalimentaire canadienne le plus expérimenté en développement de produits. »

Cité depuis Le Devoir du 19 avril 2008 : http://www.ledevoir.com/2008/04/19/185858.html

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Mme Marie-Josée Massicotte
Directrice des Communications
Biscuits Leclerc
http://www.leclerc.ca/fr/
admin@leclerc.ca

Ça vous aurait fait mal au ventre (comme l’ingestion d’un biscuit de mauvaise qualité…), dites, Mme Massicotte, de parler plutôt de : « compagnie agroalimentaire québécoise » ?

Il y a plusieurs années, je me suis réjouie de la popularité des produits Leclerc. Enfin ! me disais-je, des aliments d’ici (et de qualité, en tout cas je voulais le présumer) qui ne craignent pas (David face à Goliath ?) de rencontrer la compétition commerciale des géants transnationaux, tels ces monstrueux Kellogg’s *.

Mais à constater au fil des ans combien vous cherchez à dissimuler vos origines québécoises (et à banaliser la langue française), plutôt qu’à vous « parer » de ce statut enviable comme bannière hautement respectable, comme indice de qualité face à la médiocrité de la dictature culturo-anglo-commerciale, ensuite, et de fierté enfin, nous nous sommes éloignés, ma famille et moi, de vos produits alimentaires.

Votre « distanciation » de plus en plus marquée (et « calculée », tous sens confondus) à l’égard de votre caractère québécois (et ce jusque dans l’emballage, où maintenant l’anglais domine souvent le français : comme chez… Vachon,** autre firme québécoise qui, à l’instar de France Boucher, fidèle compagne idéologique de notre premier ministre, n’a pas « d’états d’âme » à l’égard de la langue française…: http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2004/les-biscuits-leclerc.html) constitue une injure et à l’intelligence et à l’endroit des Québécois de manière générale.

Par ce détail « littéraire » qui n’a rien d’anodin, votre réplique dans les pages du Devoir, Mme Marie-Josée Massicotte, ne fait que confirmer le phénomène.

Bref, avec des comportements « colonisés » comme celui-là au sein d’entreprises du Québec, on se croirait de plus en plus… en France. Pays qui a depuis longtemps perdu toute dignité (et crédibilité, par voie de conséquence) quant au respect de sa propre langue dans sa propre maison nationale.

Et dire que des années durant, je fus une véritable promotrice de votre entreprise, Biscuits Leclerc, auprès de parents et amis…

Je vous avais même écrit pour vous féliciter.
Or, pas même un misérable avis de réception comme réponse…
Peut-être eût-il fallu que je vous écrive en langue canadian ???

Mme Massicotte, votre lettre (votre « mot », plus précisément) constitue la goutte de lait qui fait déborder mon bol de céréales.

Car si j’ai comme principe de donner – à rapport qualité/prix égal, et même si un peu plus onéreux à l’occasion – absolue priorité à des services et des produits québécois, je préfère en revanche « encourager » des produits étrangers (canadiens, étatsuniens…) lorsque mon/ma propre compatriote se comporte comme une personne (réelle ou morale, corporative ou commerciale) qui brade toute fierté ou honneur sous prétexte de faire plus de « fric ».

Bien mauvais calcul, madame. Bien mauvais calcul.
Car à compter de ce jour, je ne veux plus rien savoir de Leclerc.
Et le fais connaître publiquement. Illico !
Et pourtant, je le regrette bien sincèrement. Sachez le.

Mais j’en ai vraiment assez de jouer les dindes de la farce par souci d’entreprises d’ici qui, elles, se fichent bien de ce : ici.

L’argent n’a pas d’odeur, me direz-vous.
C’est pourquoi il monte parfois au nez, rétorquait Jacques Brel.

Et pour le coup, je proposerai sans plus tarder un nouvel aphorisme : « Qui n’a pas d’odeur n’a pas d’honneur ». Du moins en matière de finance, disons…

On « encaisse » déjà un gouvernement « québécois » (et un premier ministre !) pour qui la langue française importe autant que pour un gouvernement d’Alberta, d’Ontario ou de Terre-Neuve (j’exagère un peu, c’est vrai, mais à peine…). Alors je deviens d’autant plus intraitable devant mes « concitoyens commerciaux » qui se comportent de manière analogue. Et si je veux espérer que la démocratie nous débarrassera au plus vite de politiques qui foulent aux pieds ce qu’ils ont pourtant le mandat solennel de défendre avec la dernière énergie (sommes-nous donc un peuple suicidaire ou parfaitement imbécile : à quand un Beryl Wajsman, un Stéphane Dion ou une Diane Francis comme premier ministre du Québec ???), c’est avec mon portefeuille (sans compter des dénonciations publiques comme la présente) que je lutte contre des gens comme vous, « compatriote » Massicotte.

Car en terre québécoise, il faut bien se le dire, l’eau est à hauteur du menton. Et il y a des limites à se laisser noyer sans mot dire. Fût-ce dans un immense bol de lait.

Et y compris, comme par surcroît, par des compagnies québécoises !

Ras-le-bol ! Mais vraiment.

Ça suffit, ce me semble, cet asservissement volontaire qui nous fait ressembler chaque jour un peu plus aux Français – autrefois peuple fier et admiré, et pour qui désormais tout refus de se soumettre au tout anglais (et à l’american way of life) relève d’un comportement ringard, suranné, obtus sinon xénophobe.

À Paris, mais également partout en province, le « résistant » est un imbécile.
L’homme intelligent, « cultivé » et bien de son temps a fait son choix, éclairé : la servitude volontaire.

Il me semble entendre du fond des ans le fabuleux Reggiani interprétant Le monsieur qui passe : « Les idées, c’est pour les imbéciles…! ».

Or il y a des limites à travailler avec tant d’acharnement à son propre anéantissement collectif. Et le Québec, par ailleurs, ce n’est pas la France. Ne vous en déplaise, madame la directrice des Communications.

15,000 ans de civilisation pour en arriver là…
Décidément, c’est à espérer qu’un escadron de Vénus vienne mettre fin à cette sinistre comédie.

Et que l’on recommence à zéro. Sur d’autres bases.
D’autres bases que le mépris de soi-même.

Mathilde François
MathildeFrancois@moncanoe.com
19 avril 2008
(pour la publication : coordonnées personnelles sur requête expresse)

cc : OQLF (qmolf@oqlf.gouv.qc.ca) et Mme Christine St-Pierre (ministre@mcccf.gouv.qc.ca), ministre québécoise de la Culture et des Communications. Dame qui au surplus aurait, « elle », c’est du moins ce qu’on raconte, des états d’âme… Eh bah ! Ça nous fait une belle jambe, ça, madame la ministre !!!

* Édifiantes illustration de cette entreprise céréalière : http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2006/kelloggs-devalorise-les-francophones.html, http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2004/kelloggs-english-canada.html ainsi qu’un « argumentaire » serré sur la question : http://pages.infinit.net/histoire/gouin13.html (texte auquel invitait le suivant, concernant, pour les mêmes raisons, le concessionnaire automobile Nissan : http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2000-et-moins/nissan-ni-avec.html) .
Et puisque j’y suis, voici également quelques textes à caractère plus général concernant le respect (sic) de la langue française au sein d’autres grands acteurs (comme on dirait : de bons « comédiens »…) du marché de l’alimentation au Québec : http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2003/canadian-groceries-against-quebecers…-.html, http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2005/provigo-loblaw-weston-provigo-inter-marche-maxi.html, http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2000-et-moins/mentalite-depicier.html, http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2004/wal-mart-et-autres-commerces-angliciseurs.html, http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2007/proxim.html, etc.

** « Vachon, la fleur beauceronne de l’alimentation (le lys troqué pour le red rose), s’est empressée depuis peu de modifier l’appellation de ses carrés feuilletés en donnant dans le « Passion Flakie », et présente ses petites barquettes de confiture ou de beurre d’arachides sous la dénomination « Good Morning »… Se déguiser en Yankee pour faire plus libre-échange ? Et pour quel type de transactions : mon âme, simonie moderne, contre ton fric ? » (tiré de : http://archives.vigile.net/idees/polgouinpays.html). Note : l’anglicisation marquée de cette maison québécoise semble être consécutive à sa reprise, naguère, par Saputo; qui, comme on sait, n’a jamais été aux barricades pour la défense de la langue française (c’est le moins que l’on puisse dire). En outre, le site de Saputo (http://www.saputo.ca/) a été conçu, très manifestement, pour décourager quiconque désire communiquer avec l’entreprise. Bref : « Achetez nos produits, mais on ne veut rien savoir de votre opinion ! » À moins que l’on ait une demi-heure à perdre pour procéder à une inscription qui confine au ridicule. Une empreinte digitale du gros orteil avec ça…?