UNE PREMIÈRE EN FRANCE

Il était d’usage fréquent, en France, que les grandes enceintes sportives destinées à recevoir des dizaines de milliers de spectateurs portent le nom d’un dirigeant sportif dont on souhaitait entretenir la mémoire. Cela va changer. C’est ainsi que le futur stade de football de 25 000 places de la ville du Mans, livrable en principe à l’été 2009, s’appellera "MMArena" (voir en pièce jointe), du nom du groupe d’assurance MMA (Mutuelles du Mans Assurances) dont l’histoire, très ancienne, est liée à la ville du Mans et dont le slogan est bien connu : "Zéro tracas, zéro blabla; MMA, c’est le bonheur assuré !".

Le Mans est ainsi la première ville à conclure un contrat de ce type en France. On en verra d’autres. Selon la presse, les MMA se sont engagées à verser 10 millions d’euros à la ville contre la possibilité de donner leur nom à ce stade pendant 10 ans. Il s’agit, dit-on, d’un accord de "naming". C’est une toute nouvelle technique commerciale, on ne saurait donc lui donner un nom français puisque la langue française est désormais réputée attachée aux seules choses d’autrefois. Ce qui montre bien, une fois encore, combien la déferlante anglomaniaque ambiante est liée à la marchandisation accélérée de la société française en général, des activités sportives en particulier.

Verra-t-on prochainement changer de nom, lui aussi, le déjà prestigieux "Stade de France", de 80 000 places, celui où se déroulent, en région parisienne, les grandes compétitions internationales depuis la coupe du monde de football de 1998 ? Un nom qui lui avait été donné le 4 décembre 1995 par un jury spécialement réuni pour cela. On pourrait certes être tenté de rejeter cette éventualité au motif que, cette fois, ce n’est plus une municipalité, mais l’Etat qui est concerné. On aurait tort. A l’heure du recul de l’Etat sur tous les fronts, du règne annoncé de la postnationalité, du culte des privatisations et de la publicité, du déficit public en croissance continue et de l’étroite endogamie entre milieux d’affaires et politiques, une telle hypothèse ne saurait être écartée.

Jean-Pierre Busnel
jpabusnel@wanadoo.fr