UNE INTERVENTION FORTE

Copie adressée à tous ceux qui voudraient appuyer notre action urgente par toutes démarches appropriées auprès de tous responsables et de tous media.

Avec l¹expression de notre espoir et de notre confiance en votre mobilisation.

Albert Salon, ancien Ambassadeur, président du FFI-France


Monsieur le Secrétaire Général de la Francophonie, Madame la Sénatrice, Messieurs les Sénateurs, Messieurs les Députés, Messieurs les Conseillers

Vous avez été, comme nos associations, au moins gêné par les récentes déclarations du Ministre Xavier Darcos sur la nécessité de rendre la France bilingue.

Vous avez immédiatement perçu l¹ampleur des interrogations soulevées en France, dans toute la Francophonie, et ailleurs dans le monde.

Vous avez peut-être envisagé de saisir aussitôt Monsieur le Président de la République, et de le prier d¹apporter publiquement des nuances ­ pour le moins ­ aux déclarations de son Ministre de l¹Education Nationale.

Nous vous recommandons de lire ci-après une analyse qui nous paraît très juste, parue hier sur le site de l’OEP (Observatoire européen du plurilinguisme).

Elle vous permet d¹appuyer vos démarches en retrouvant immédiatement les contradictions entre les déclarations de M. Darcos et les engagements fermes ­ cités – pris par le Président de la République au cours de sa campagne.

Tous les mouvements et associations qui avaient accueilli avec faveur et espoir les engagements pertinents de M. Nicolas Sarkozy sont d¹autant plus perplexes à la lecture des propos de M. Xavier Darcos – qui fut, dans un gouvernement précédent, Ministre de la Coopération et de la Francophonie ­ qu¹ils font le rapprochement avec :

– la volonté de son gouvernement, affichée dès le début de l¹été, de ratifier le Protocole de Londres sur les brevets européens, à la fois funeste pour notre langue et, de surcroît, non vraiment bénéfique pour notre économie et la compétitivité de notre recherche et de nos entreprises, au point qu¹il nous paraît nécessaire de surseoir jusqu¹au printemps 2008 au débat parlementaire sur cette ratification qui attend depuis 7 ans et n¹a rien de vraiment urgent au regard des vrais enjeux, afin de permettre la mise au point de solutions raisonnables ;

– le retard apporté aux démarches nécessaires et urgentes auprès du Comité International Olympique afin d¹affirmer la place du français langue de l¹olympisme lors des importants Jeux de 2008 à Pékin ;

– l¹apparente insuffisance de prise en considération du caractère international, multilatéral francophone, de la chaîne de télévision TV5 dans la légitime refonte des instruments de la politique audiovisuelle extérieure de la France ;

– ce qui ressemble moins à un report ou à changement de lieu qu¹à une mise en cause dans la création à Paris de la grande Maison de la Francophonie , promise par la France lors du Sommet francophone de 2002 à Beyrouth, puis lors des deux Sommets suivants ;

– et le silence de l¹administration sur un aspect – occulté par les media ­ de l¹affaire des irradiés d¹Epinal et d¹autres hôpitaux du pays : le fait que la « mauvaise maîtrise des appareils par le personnel » ait été due au moins pour partie au refus de traduire les logiciels et notices d¹utilisation qui étaient uniquement en anglais ; la presse allemande, elle, s¹est montrée moins discrète sur les faits analogues qui se sont produits récemment dans des hôpitaux allemands, et a souligné que l¹unilinguisme, en l¹occurrence le « tout-anglais » tue.

Veuillez agréer l¹expression de notre espoir et de toute notre considération.

Albert Salon, ancien Ambassadeur, président de la section française du Forum francophone international, président d¹ « Avenir de la langue française


(Texte de l’Observatoire) :

Un pays bilingue : M. Darcos fait mentir le Président de la République

12-09-2007

Selon une dépêche de l’AEF, lors d’une visite à l’école Willy-Brandt à Elancourt, mardi 11 septembre, en ce qui concerne les langues vivantes, Xavier Darcos a rappelé qu’il a "reçu mission du président de la République de faire de la France une nation bilingue". Il "croit à l’installation de sites qui, par le haut-débit, puissent se connecter à l’étranger avec un enseignant locuteur natif", ce qui serait "un moyen très utile de développer l’enseignement des langues à l’école primaire". Il prévoit dès la rentrée 2008 la création de "1 000 sites de visioconférence pour l’enseignement précoce des langues vivantes", et celle de 20 sites expérimentaux, dont celui d’Elancourt, au mois de janvier.

Il ne semble pas que M. Darcos ait parlé d’"enseignement précoce de l’anglais" mais d’"enseignement précoce des langues vivantes". Néanmoins tout le monde aura compris que lorsque 90 % des parents sont encouragés à choisir l’anglais à l’école, le bilinguisme dont il est question est un bilinguisme français-anglais. Et si les mots ont un sens, le bilinguisme signifie que l’on atteint dans les deux langues un niveau de compétence à peu près comparable. Vu sous cet angle, il n’y a pas de place pour une troisième langue, c’est-à-dire pour une seconde langue vivante.

Maintenant, voici quelques extraits de déclarations récentes du Président de la République, qui n’a jamais publiquement parlé de bilinguisme :

"La diversité linguistique c’est la condition de la diversité culturelle et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La langue n’est pas une marchandise, la langue n’est pas une technique. " (discours de Caen 9 mars 2007)

"L’obsession d’une langue unique au prétexte de l’efficacité est un leurre qui masque les effets de domination de la pensée unique dont la langue unique est l’antichambre." (discours de Caen 9 mars 2007)

"Je me battrai pour que dans les instances européennes et à l’ONU le Français continue d’être employé. Ce sera naturellement une obligation absolue pour tout représentant de la France dans des organisations internationales." (discours de Caen 9 mars 2007)

"Surtout je me battrai pour que soit généralisé partout en Europe l’enseignement de deux langues étrangères parce que c’est la seule façon efficace pour que l’hégémonie de l’anglais soit battue en brèche. " (discours de Caen 9 mars 2007)

"La culture générale, elle, doit être une préoccupation constante. Et quand nos enfants apprennent des langues étrangères, et je souhaite qu’ils en apprennent obligatoirement au moins deux, il faut que cet apprentissage soit aussi un apprentissage de culture et de civilisation. Je souhaite que nos enfants apprennent les langues à travers la littérature, le théâtre, la poésie, la philosophie, la science. " (Lettre aux éducateurs , 4 septembre 2007)

En fait, pour que M. Darcos soit en cohérence avec le Président de la République, il faut qu’il annonce un plan d’amélioration et de diversification de l’enseignement des langues vivantes, en faisant appel aux nouvelles technologies.

Polariser l’enseignement des langues sur l’anglais, c’est un très mauvais service à notre jeunesse. Les malins savent bien que sur le marché du travail, la différenciation ne se fait déjà plus par l’anglais, mais par la compétence plurilingue. Quand les entreprises allemandes ne trouvent pas sur le marché français du travail des jeunes parlant allemand, celui qui se présente avec un bon niveau d’allemand, mais aussi d’anglais, cela va sans dire, sera sélectionné de préférence à celui qui ne connaît que l’anglais.

Donc le meilleur parcours à proposer est de commencer en primaire par une autre langue que l’anglais, et de commencer l’anglais en sixième comme seconde langue, voir, pour ceux qui en ont la motivation et la volonté, en troisième langue.

Nous espérons donc que le Président de la République "recadre" son ministre de l’éducation nationale.