MOLIÈRE VERSUS SHAKESPEARE

Extrait du site Web de Radio France à http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/grain/

C’est un arrêt de la cour d’appel de Versailles qui a inquiété bien des chefs d’entreprises.

Jugez plutôt l’affaire se passe à Buc dans les Yvelines au siège de la filiale d’une multinationale américaine. Les délégués du personnel sont excédés de devoir déchiffrer toujours plus de documents rédigés en anglais. Notices techniques, consignes de sécurités, logiciels informatiques depuis que cette branche médicale de Thomson a été rachetée par Général Electrics en 87 la langue de Shakespeare – ou plutôt elle de l’Oncle Sam – tend progressivement à supplanter le Français.

Cette menace a connu un coup d’arrêt en mars 2006, quand la cour d’appel de Versailles (donc) a confirmé que tous les documents devaient désormais être traduits en français –sous peine de payer pour chaque notice in English une pénalité de 20 000 euros. Il en va de la sécurité du personnel, ont tranché les juges, dans une entreprise qui fabrique du matériel médical de très haut niveau.

La cour d’appel s’est donc appuyée sur la loi Toubon (de 1994) qui défend l’usage du français –notamment dans le monde du travail.

Depuis l’année dernière GE Medical Systèm s’est pourvu en cassation. Ce qui n’empêche pas la firme de devoir traduire (en attendant l’arrêt de la cour) tous ses documents internes.

Quittons maintenant la banlieue parisienne pour Bruxelles, où la défense des langues nationales a un coût exorbitant : 1 milliard d’euros, c’est la somme que consacre le Parlement européen … au « multilinguisme ».

Dans cette tour de Babel – chaque député doit (en effet) pouvoir travailler dans sa langue maternelle. Ce qui nécessite la traduction (par an) de 78 000 pages dans plus de vingt langues.

Et pourtant malgré cette défense des idiomes nationaux, les textes préparés en Français ont chuté de 35% il y a dix ans, à 23% aujourd’hui. Au profit comme toujours de l’anglais.

Demain enfin l’assemblée nationale se penche sur un autre casse-tête linguistique. Faut-il ratifier (ou non) le Protocole de Londres, sur les brevets européens ?

Les défenseurs de la francophonie y sont farouchement opposés.

La question est assez technique : aujourd’hui les entreprises sont obligées de traduire leurs brevets vers toutes les langues, des pays où elles veulent qu’il s’applique (en moyenne dans 7 langues européennes) mais demain si le protocole est ratifié, les brevets ne seront plus rédigés que dans l’une des langues suivantes français, allemand ou anglais.

De quoi générer d’importantes économies, 30% du coût des brevets serait dû aux traductions.

Mais de quoi effrayer (surtout) ceux qui pensent que le droit anglo-saxon s’imposera désormais. Que les brevets américains et japonais vont déferler à moindre coût.

Et que l’hexagone se prive surtout de constituer une banque de données essentielles pour comprendre , en français, les avancées technologiques de ses concurrents.

On le voit ici la langue et le rayonnement – qu’il soit culturel ou industriel sont intimement liés. Alors que le Ministère de la Culture fête demain la Journée Européenne dans langues, nous avons voulu nous interroger sur la nécessité de défendre, mais à quel prix, notre langue nationale .