LE LIBRE CHOIX DU CÉGEP

Impératif français rappelle à la Commission Bouchard-Taylor que le Livre blanc de la Loi 101 proclamait que « l’école anglaise, qui constitue un système d’exception accordé à la minorité actuelle du Québec, doit cesser d’être assimilatrice. »

Cependant, l’accès au réseau collégial public français n’est pas balisé par la Charte de la langue française. Le Québec est à peu près le seul État du monde qui finance des institutions d’éducation supérieure dans une autre langue que celle de la majorité, sans aucune limite ni restriction. C’est primordial lorsqu’on sait qu’en 1996, 93 % de la population immigrée avait plus de 15 ans à son arrivée et était donc en âge de fréquenter le cégep ou l’université.

Au cours des dernières années, on a observé chez les étudiants allophones une propension de plus en plus forte à choisir le cégep anglais. Les premiers « enfants de la Loi 101 » sont parvenus au niveau collégial en 1989. En 1990, 27,1 % des étudiants allophones qui sont passés par l’école secondaire française ont choisi de fréquenter le cégep anglais. Par la suite, le choix de fréquenter un cégep anglais a continué à progresser de façon alarmante, atteignant presque 50 % aujourd’hui.

Par contre, les allophones qui ont étudié au secondaire en anglais ne semblent pas ressentir avec autant d’empressement la nécessité d’apprendre le français avant d’entrer sur le marché du travail. En fait, ces allophones choisissent de façon constante, et dans la presque totalité, le cégep anglais. Cette proportion s’établissait à 97,3 % en 1990 et à 99,5 % en 2003.

Ce phénomène a entre autres conséquences, celle d’angliciser le marché du travail. Les étudiants apprennent la terminologie dans leur domaine en anglais et conservent cette habitude une fois leurs études terminées. Un cercle vicieux s’installe. Ils vont au cégep anglophone parce qu’ils croient avoir besoin de l’anglais, puis ils perpétuent son utilisation au travail.

Une culture n’existe pas sans support linguistique

La Loi 101 avait pour objectif l’assimilation des allophones à la majorité francophone et non pas seulement l’apprentissage du français par les allophones, sinon elle aurait permis que les institutions anglophones enseignent le français aux allophones, comme elles auraient d’ailleurs aimé le faire. Une approche similaire doit donc s’appliquer à l’égard des cégeps anglophones.

C’est au cégep que les jeunes font des choix culturels qui vont les suivre toute leur vie. C’est souvent au cégep qu’ils prendront l’habitude de lire les journaux de langue française ou de langue anglaise, qu’ils commenceront à s’intéresser à la littérature en langue française ou en langue anglaise, qu’ils prendront goût au cinéma en français ou en anglais.

Le Québec a joué un rôle important dans l’adoption de la Convention de l’Unesco sur la diversité culturelle. Mais une culture n’existe pas sans support linguistique. Langue et culture ne peuvent être dissociées. Si les allophones n’adoptent pas la culture québécoise française, ils feront inexorablement pencher la balance démographique en faveur de l’anglais et le bilinguisme sera avalé par l’anglais. Car, sans la présence d’une société francophone dynamique et en expansion démographique, quel sera l’intérêt de parler français dans ce coin de l’Amérique du Nord ?

Impératif français prie donc la Commission Bouchard-Taylor d’accorder une attention toute particulière à la situation des cégeps et de recommander au gouvernement de mettre fin au libre choix du cégep.

Jean-Paul Perreault
Président
Impératif français
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