LE FRANÇAIS RARE AUX DOUANES

Extrait du journal La Presse du 9 septembre 2007

Avant de boucler leurs valises pour les vacances, les Québécois auraient tout intérêt à y glisser un dictionnaire français-anglais pour faciliter leur passage à la frontière. Une enquête révèle que les francophones ont du mal à se faire servir dans la langue officielle de leur choix par les douaniers canadiens. Apparemment, le bilinguisme n’est pas respecté à tous les postes-frontières du pays.

Ce constat émane d’un sondage réalisé par la firme EKOS pour le compte de l’Agence des services transfrontaliers du Canada (ASTC), qui a étudié les perceptions de 3025 Canadiens l’hiver dernier. Règle générale, les répondants trouvent que le douanier est un type plus sympathique qu’antipathique, quoique partial. Les Canadiens sont convaincus qu’ils ne sont pas égaux sous son regard inquisiteur.

Près d’un Québécois sur six se plaint donc d’avoir été incapable de se faire parler français à son retour au pays, ce que dénonce le mouvement Montréal français, qui estime que la sécurité des gens est en jeu.

Être interrogé à la frontière dans une langue que l’on maîtrise mal est potentiellement plus lourd de conséquences que dans un restaurant, illustre Mario Beaulieu, porte-parole de l’organisme de promotion de la langue française. «La sécurité des gens est en jeu. Dans des cas pareils, il devrait y avoir plus de rigueur. S’il y a un endroit où le bilinguisme est important, c’est bien là.»

«Cela confirme que le bilinguisme institutionnel n’est qu’un leurre. C’est choquant de la part d’un pays qui se dit officiellement bilingue», ajoute M. Beaulieu, qui n’est pas surpris par ces données. Plus tôt cette année, il a reçu l’appel d’un Montréalais outré de n’avoir pas pu être servi en français par un douanier canadien à l’aéroport Montréal-Trudeau. L’homme prétend qu’il a été fouillé parce qu’il était incapable de répondre aux questions qu’on lui posait en anglais.

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