KERNEWS

Une nouvelle radio locale, privée bien entendu, c’est-à-dire commerciale, vient d’être lancée dans la région de la Baule (station balnéaire de Bretagne sud). Elle porte le très curieux nom de "Kernews" (voir image). Encore une diglossie, mais associant, cette fois, le mot "Ker" (qui veut dire maison en breton) et, comme toujours, comme il se doit, un mot anglais. Surtout pas de français, le commerce en a horreur, il n’en veut pas, ou le moins possible !

Un double clin d’oeil, ici, à la régionalisation, d’une part, à la mondialisation, d’autre part, toutes deux particulièrement prisées dans les milieux du tourisme. Les gens de publicité et de communication ne font rien par hasard. Les mots, les slogans, les images choisis par eux doivent aller dans le sens des vents culturels et sociaux dominants du moment.

Les créations de nouvelles radios locales sont fort peu courantes désormais, car les fréquences disponibles sont très rares. Elles sont attribuées par le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel), à l’issue d’un appel de candidatures qui n’a lieu que tous les cinq ans. On regrettera que ce CSA, qui a le statut juridique d’une "autorité administrative indépendante", qui a notamment pour mission de veiller au respect de la langue française sur les ondes, ait entériné cette étrange dénomination pour une radio d’expression française. Il disposait pourtant de puissants moyens de négociation, voire de pression, puisqu’il y avait 144 candidats à la reprise de cette fréquence. Une remarque qui vaut aussi pour la municipalité bauloise, très liée à l’opération (les studios de la radio sont installés au 4ème étage de son office du tourisme).

Mais il ne faut certainement pas s’étonner de la passivité de ces administrations publiques. Elle est générale, à tous les niveaux. L’interminable campagne des élections présidentielles qui vient de s’achever en France a montré que le thème de la défense de la langue française n’était toujours pas admis dans le débat public. Il n’en fut pas question. Au temps de la "médiacratie", ou de la "sondocratie" si l’on préfère, les seuls sujets de société qui valent, qui méritent d’être abordés par les candidats présidentiables, sont ceux qui sont électoralement rentables, ceux qui occupent les "unes" des sondages ou de la presse, ceux qui sont susceptibles de faire du bruit dans les médias. Or, dans ce milieu, dans les sphères politico-médiatiques en général, on semble s’accorder plutôt sur la nécessité de remiser petit à petit la langue nationale aux oubliettes de l’histoire …

Jean-Pierre Busnel
jpabusnel@wanadoo.fr

Adresses utiles:
http://www.kernews.com/