COLONISÉS HIER ET AUJOURD’HUI

Madame Michelle Courchesne
Ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport
ministre@mels.gouv.qc.ca

Monsieur Serge Brasset
Directeur général du Collège Édouard-Montpetit
dir.generale@college-em.qc.ca

Madame,
Monsieur,

Par un vote partagé, le conseil d’administration du Collège Édouard-Montpetit a décidé le 12 juin de maintenir sa demande auprès du Ministère de l’Éducation d’offrir un programme d’études entièrement en anglais sur l’entretien des aéronefs.

Depuis le temps où le Parti libéral du Québec et les ancêtres de l’ADQ, l’Union nationale, préconisaient le libre choix de la langue d’enseignement pour les enfants d’immigrés, avec leurs projets de loi 22 et 63, les choses n’ont pas beaucoup changé, semble-t-il, dans l’esprit des colonisés qui voient le français comme une sorte d’accessoire folklorique ou comme une langue qu’on parle en famille autour de la table, mais qu’on n’ose plus employer lorsqu’on sort, surtout lorsqu’on rencontre du monde d’ailleurs. Même 30 ans après l’adoption de Charte de la langue française, les colonisés se prosternent chaque jour plus bas devant la toute-puissance de la langue anglaise.

Pour les colonisés, les excuses ne manquent jamais lorsqu’il s’agit de faire progresser l’anglais et régresser le français au Québec. Les colonisés vénèrent le cadre canadien, où l’on a inventé de prétendus droits linguistiques pour maintenir les privilèges scandaleux de la minorité majoritaire anglaise du Québec, pour bilinguiser le Québec et pour masquer l’assimilation galopante des minorités françaises du Canada. Il y a toujours une raison pour faire une autre génuflexion, car, on ne sait jamais, un autre craqué mental du West Island pourrait se plaindre devant les Nations Unies d’une atteinte à son droit inaliénable de parler anglais partout et en toutes circonstances. Le Québec se ferait malmener dans le Globe and Mail par les moralisateurs patentés, apôtres du multiculturalisme et des saintes vertus canadiennes.

Les colonisés ont peur que le français les appauvrisse et les marginalise alors en fin de compte, ils pensent que, pour gagner sa vie, il vaut mieux apprendre l’anglais. Ils n’ont pas tort par les temps qui courent, puisque ce sont des colonisés au dernier degré qui gouvernent le Québec. Nos dirigeants actuels ne sont pas capables de s’imaginer que l’on puisse dire aux Anglais du Québec qu’ils ont le droit eux aussi d’apprendre le français comme les autres Québécois. Ils ne sont pas capables de concevoir qu’un immigré qui arrive au Québec à l’âge adulte puisse avoir un grand besoin d’apprendre le français. Alors, pour les petits colonisés dirigés par les colonisés du gouvernement, il y a tout lieu de s’inquiéter. Déjà, le taux de bilinguisme atteint 53 p. 100 parmi les jeunes adultes québécois de langue française. Bientôt, ce sera un sérieux handicap de ne pas connaitre l’anglais, même si on est polyglotte. Mais, le français sera-t-il toujours nécessaire? Les colonisés en doutent fort, et ils ont peut-être raison, au train où vont les choses.

Enfermés dans la logique vertueuse de la Charte canadienne des droits et libertés, les colonisés ne peuvent pas comprendre que l’obligation d’apprendre le français pour tout Québécois puisse être autre chose qu’une atteinte à la liberté individuelle. Partout sur la planète, les nations qui se respectent s’organisent pour que les enfants du pays apprennent tous la langue commune qui leur servira toute leur vie à étudier, à travailler et à échanger avec leurs compatriotes. La langue est le pilier central de la cohésion sociale. C’est un gage de liberté et de responsabilité. Mais, au Québec, les colonisés pensent que les pauvres petits Anglais devraient pouvoir apprendre à entretenir des avions en anglais. Et puis, après leurs études, ils devraient aussi pouvoir travailler en anglais ou en franglais au Québec. Tant qu’à y être, se disent les colonisés, pourquoi ne pas aussi apprendre à nos enfants et aux enfants d’immigrés comment entretenir des avions en anglais. Quand tout le monde sera bilingue, on pourra tous travailler en anglais!

J’aimerais savoir, Madame Courchesne et Monsieur Brasset, si vous comptez un jour redresser la tête et rompre avec le monde des colonisés pour rejoindre les rangs de ceux qui ont décidé que le Québec était une terre d’accueil française en Amérique, et non un réservoir de folklore que le pouvoir fédéral cannibalise pour construire sa Tour de Babel?

Bernard Desgagné
Gatineau, Québec
bernarddesgagne@mac.com