AUX MÉDIAS DU QUÉBEC

Aux médias du Québec, qui ont grandement besoin de retrouver la fierté de leur langue.

Mesdames,
Messieurs,

L’esprit de la langue française repose en bonne partie sur la précision du vocabulaire et la logique de la syntaxe. Ma tante me disait encore, peu de temps avant de mourir, que je lui faisais penser à mon grand-père inspecteur d’écoles, un homme fier de sa nation et épris de liberté qui avait le souci de trouver le mot juste et qui aimait les phrases bien tournées. Comme le dit Pascale Lefrançois, championne mondiale junior d’orthographe française en 1990 et aujourd’hui professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, comment peut-on se soucier de son apparence physique et se vêtir avec élégance, mais ne pas porter attention à la langue qu’on parle? Bien parler, c’est se respecter individuellement et collectivement.

Malheureusement, on ne peut pas dire que la classe médiatique québécoise actuelle se respecte, ni qu’elle respecte la nation québécoise. Permettez-moi de vous donner aujourd’hui un autre exemple de laxisme déplorable. Il s’agit du verbe «confronter». Vous trouverez, en gros titre dans Le Devoir d’aujourd’hui, un bon exemple d’usage fautif de ce mot.

Syndicalisme – Les enseignants sont confrontés aux problèmes de société

On aurait mieux dit «les enseignants sont aux prises avec les problèmes de société» ou «les enseignants doivent affronter les problèmes de société». «Affronter» et «confronter» sont deux mots bien différents. Employer «confronter» dans le sens «d’affronter» est un anglicisme. Le galvaudage et les «perronismes» sont l’une des tares du parler médiatique québécois.

Quand on sait qu’à de nombreuses reprises, Le Devoir et d’autres médias se sont montrés très critiques à l’égard des enseignants, pour ce qui est de leurs connaissances linguistiques, multipliant les condamnations et accablant l’école de tous les maux, il y a tout lieu de se demander si les journalistes et les chroniqueurs ne devraient pas prêcher par l’exemple plutôt que de faire constamment la morale aux autres sur la place publique. Surtout lorsqu’il est question justement d’éducation. (L’article du Devoir ne cherche toutefois pas à faire la morale aux enseignants, dans ce cas-ci, au contraire.)

Certains invoqueront l’usage et les dictionnaires qui le constatent. Je leur réponds que, si une faute s’est répandue comme une trainée de poudre dans l’usage, elle peut en disparaitre tout aussi rapidement. Il est contraire à l’esprit de la langue française de faire exprès d’employer un mot dont l’usage est à raison critiqué et de ne pas lui préférer des mots ou des expressions déjà riches de sens et bien ancrés dans le vocabulaire français. Pourquoi vouloir miner l’esprit et la force de la langue française?

Ne croyez pas que je condamne les particularités du français québécois. Au contraire, je les applaudis souvent. Je ne voudrais certainement pas que nous ayons honte de ne pas parler comme les Français. Mais, dans nos particularités, nous devons faire preuve de rigueur et respecter l’esprit de la langue française. Si le français doit adopter un mot étranger, ou s’il faut donner à un mot français un nouveau sens, venu d’une langue étrangère, c’est que ce mot ou ce sens peuvent être utiles pour désigner une nouvelle réalité. Les emprunts ne doivent pas servir à appauvrir la langue en faisant disparaitre de l’usage les mots qui nous servaient déjà si bien.

Je vous le redemande: pouvez-vous parler fièrement notre langue?

Bernard Desgagné
Gatineau, Québec
bernarddesgagne@mac.com

Aux médias du Québec

Aux médias du Québec, en particulier à ceux qui dépouillent la nation québécoise de ses ressources en puisant abondamment dans le trésor public pour acheter des consciences et anesthésier le peuple.

Mesdames,
Messieurs,

Je sais que ce n’est pas facile de vivre dans un pays bilingue où l’une des deux langues officielles est un peu plus officielle que l’autre, mais faites donc un effort pour ouvrir votre dictionnaire de temps à autre et cessez d’employer des calques de l’anglais comme «critique» d’un parti politique, au lieu de «porte-parole» (en matière de santé, d’éducation ou de défense nationale, par exemple). Je viens d’entendre ce calque trois fois en quelques minutes à Radio-Canada, de la bouche de journalistes et de chroniqueurs grassement payés avec l’argent des contribuables.

Votre négligence linguistique nous rappelle chaque jour notre condition de nation asservie par une autre nation, qui est incapable de faire respecter sa langue chez elle. C’est profondément déprimant. Seriez-vous capables de nous donner de temps en temps l’illusion que nous sommes autre chose qu’un peuple vaincu qui ne cesse de courber l’échine? Pourriez-vous parler fièrement notre langue?

Bernard Desgagné
Gatineau, Québec
bernarddesgagne@mac.com

Aux médias du Québec

Mesdames,
Messieurs,

Deux artisans des médias du Québec m’ont informé qu’ils avaient trouvé, dans des dictionnaires, le mot «critique» dans le sens de «porte-parole» d’un parti politique. Or, quand j’ai écrit qu’il fallait ouvrir son dictionnaire, je ne pensais pas devoir préciser qu’après l’avoir ouvert, il fallait aussi essayer de comprendre ce qui est écrit dedans.

Lorsque certains lexicographes constatent l’usage, mais prennent la peine de signaler que l’emploi d’un mot constitue un régionalisme critiqué, que ce mot vient de l’anglais et qu’il vaut mieux en employer un autre, très bien compris de tous et aussi fréquent dans l’usage, il faut vraiment être soit très paresseux intellectuellement, soit très obstiné dans sa volonté de favoriser la dégénérescence du français pour continuer d’employer le moins bon des deux mots et se justifier ensuite en citant des terminologues qui sont obligés de constater les usages coloniaux à leur corps défendant ou d’autres encore qui décrètent subitement, en plein régime libéral de soumission fédéraliste et de complaisance anglophile comme par hasard, qu’un anglicisme est désormais accepté.

Pire encore, l’emploi du mot «critique» constitue une façon insidieuse de dévaloriser le rôle de l’opposition dans un régime parlementaire, rôle qui est loin de se limiter à la critique. L’opposition peut notamment présenter des projets de loi, qui sont même parfois adoptés, en particulier lorsque le gouvernement est minoritaire. Elle fait valoir un point de vue souvent complètement différent et défend sa vision de la société, ce qui dépasse largement la critique. Du reste, le rôle est inversé dans le cas d’un projet de loi d’initiative parlementaire, et ce sont les députés ministériels qui se trouvent alors à critiquer. Bref, l’emploi du mot «critique», dans le sens de porte-parole, constitue un illogisme et un sérieux accroc, complètement inutile, au génie de la langue française.

Je vous dirais pour terminer, sur un ton plus personnel, que l’expression «critique de l’opposition» m’apparait exécrable parce qu’elle relève du simplisme d’esprit et du conformisme ovin. Elle n’est pas digne d’un communicateur soucieux de bien faire son travail. Elle est plutôt digne de la mentalité qui fait dire à certains: «bande de chialeux! Vous ne pensez qu’à "critiquer"! Fermez vos gueules et contentez-vous donc de ce que le gouvernement de Sa Majesté vous donne. Cessez de mordre la main qui vous nourrit.» Voilà tout ce que sous-tend dans mon esprit cet usage linguistique fortement critiquable, c’est le cas de le dire.

J’espère vous entendre souvent nous parler des «porte-parole» de l’opposition et de leurs idées, qui vont bien au-delà de la critique. Le Québec en a bien besoin.

Bernard Desgagné
Gatineau, Québec