« UNE INCOMPRÉHENSION PROFONDE DU QUÉBEC »

M. Edward Greenspon
éditeur en chef
The Globe and Mail

Monsieur, mercredi dernier, Montréal a vécu un événement tragique qui a
affligé tous les Québécois. Les étudiants ont courageusement repris lundi le
chemin du Collège Dawson en souhaitant que les rejoignent bientôt leurs
camarades encore hospitalisés. Nous partageons leur douleur et leur tristesse.

Les événements qui se sont produits au Collège Dawson n’obéissent à aucune
raison. Ils nous ont rappelé des souvenirs douloureux. à nous, Québécois, mais
aussi à des Américains, des Français, des Irlandais, des Russes et à tous ces
peuples qui ont déploré des tragédies semblables au cours des dernières années.

Ce drame nous rappelle aussi la fusillade survenue au centre-ville de Toronto
le 26 décembre 2005.

Dans ce genre de situation, il est pour le moins risqué de s’aventurer sur le
chemin de l’explication ou de la comparaison sans basculer dans le fossé de la
bêtise. à ce jeu, Mme Jan Wong se sera discréditée. J’ai été choqué et déçu par
cette analyse sectaire, publiée dans l’édition du samedi 16 septembre, dans
laquelle Mme Wong attribuait à l’affirmation du fait français au Québec la
source profonde de la fusillade du Collège Dawson ou de celle de Polytechnique,
survenue en1989.

Les Québécois forment moins de 3 % de la population du continent. à travers
les siècles et les aléas de l’histoire, nous sommes parvenus à préserver notre
langue et notre culture. Nous avons su le faire en nourrissant les plus grands
idéaux démocratiques et en accueillant chaque année des dizaines de milliers de
personnes venues des quatre coins du monde pour participer à la construction
d’une société libre et fière de sa différence.

Notre langue commune, loin d’aliéner notre métropole, comme le soutient
injustement Mme Wong, contribue au contraire de manière puissante au caractère
cosmopolite de Montréal et à la nord-américanité unique du Québec.

Parce que nous parlons français, parce que nous sommes fiers de le faire et
parce que cette langue est le premier instrument de notre liberté, nous avons
tendu des ponts par-dessus l’océan, noué des liens avec les autres peuples, en
particulier de la francophonie mondiale, et contribué de ce fait à la diversité
canadienne. Le texte de Mme Wong est une disgrâce. Il témoigne d’une ignorance
des valeurs canadiennes et d’une incompréhension profonde du Québec. Mme Wong
devrait ainsi avoir la décence de s’excuser auprès de tous les Québécois.

Jean Charest
Premier ministre du Québec

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Extrait du journal anglais North Bay Nugget :

In Saturday’s paper, Jan Wong said Quebec’s linguistic struggle has taken a
toll on immigrants, as well as longtime anglophones.

Wong wrote that Dawson killer Kimveer Gill, Ecole Polytechnique murderer Marc
Lepine and Valery Fabrikant, a Concordia University professor who killed four
colleagues in 1992, had "all been marginalized, in a society that valued ‘pure
laine’" – a term commonly used to describe someone who is francophone through
and through.

"To be sure, the shootings in all three cases were carried out by mentally
disturbed individuals," Wong wrote in a reconstruction of Gill’s rampage.

"But what is also true is that in all three cases, the perpetrator was not
pure laine, the argot for a ‘pure’ francophone. Elsewhere, to talk of ‘racial
purity’ is repugnant. Not in Quebec."

Wong noted that Gill was of Indian origin, Lepine was half-Algerian and that
Fabrikant was from Russia.

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(Le 20 septembre 2006)