« PARLEZ-MOI EN FRANÇAIS »

S’agissant de l’anglomanie galopante qui sévit actuellement en France, surtout parce que les milieux d’affaires en général pensent en tirer un grand profit, nous faisions observer dans l’éditorial de notre précédent numéro que même des anglophones de naissance résidant en France s’étonnent de plus en plus de cette anglicisation forcenée de notre pays. Des Anglais vivant en Grande-Bretagne peuvent, eux aussi, éprouver de tels sentiments quand ils voyagent … en France.

C’est le cas de Mr Donald Lillistone, proviseur d’un lycée de Middlesbrough (nord-est de l’Angleterre). Ce francophile a étudié le français à l’université, a lu les grands auteurs de la littérature française de Corneille à Sartre. D’une manière générale, il s’intéresse beaucoup à la France, à son histoire et aspire à parler la langue de Molière chaque fois que cela lui est possible, notamment lorsqu’il visite la France, l’un de ses grands plaisirs. Mais les temps ont changé. Dans un article savoureux publié par Ouest France du 18 septembre, intitulé « Parlez-moi en français ! », il raconte qu’il éprouve désormais de grandes difficultés à s’exprimer en français en … France.

«Pourtant, ce plaisir de mes visites a été diminué par un changement d’attitude que je me sens obligé de vous signaler, chers amis français. Un nombre croissant d’entre vous, lorsque je leur adresse la parole en français me répondent en anglais. Ne leur vient-il pas à l’esprit que, si j’ai fait un effort pour apprendre le français et si je suis venu en France, c’est précisément parce que cela me fait plaisir de parler français ? … Je ne viens pas en France pour retrouver l’Angleterre. »

Mr Lillistone raconte les « dizaines d’erreurs désopilantes » entendues par lui au cours de ses visites, commises par des Français que le ridicule snobisme anglomaniaque pousse à s’exprimer dans un anglais souvent pitoyable ou grotesque. Il cite par exemple le cas de ce restaurateur qui lui proposait une « cream burned » (pour crème brûlée), alors que cela ne signifie strictement rien pour les Anglais puisqu’ils ont adopté cette expression française (parmi d’autres). « C’est comme si on offrait à un Français un «chaud chien» plutôt qu’un «hot dog»». Nous avons du reste tous remarqué, dans beaucoup de restaurants car la mode en est devenue envahissante, ces menus traduits en anglais de … cuisine (c’est le cas de le dire).

Une certaine élite, notamment économique, n’est pas seulement en cause dans cet acharnement à chasser le français de France et à y introduire l’anglais. Beaucoup de Français lui emboîtent le pas et agissent décidément comme s’ils se voulaient être les fossoyeurs de leur propre langue. Et cette fois c’est un sympathique sujet de sa Gracieuse Majesté qui le leur dit avec, comme il se doit, un humour très british.

Jean-Pierre Busnel
Président de l’IAB
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(Le 16 décembre 2006)