« FARFELU », SELON LE DROIT

En réponse au mémoire présenté par Impératif français au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) sur la radio commerciale dans lequel il est recommandé d’imposer des minimums de musique vocale de langue française aux stations de radio canadienne de langue anglaise, Pierre Jury, éditorialiste du Droit, qualifie de « farfelue » cette recommandation d’Impératif français. Vous pourrez lire l’éditorial de M. Jury à la fin de ce texte.

Vous pourrez lire ci-dessous la réponse du président d’Impératif français à l’éditorial « Ah, Jean-Paul… » du 20 mai 2006 de M. Pierre Jury.

Version entière et originale

De la musique vocale en français sur les stations de langue anglaise, pourquoi pas ?

M. Pierre Jury,

Dans son éditorial du 20 mai dernier, M. Pierre Jury se questionne sur la logique de la recommandation d’Impératif français devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC) d’exiger des « stations anglophones du Canada des seuils minimaux de diffusion de musique vocale francophone d’artistes canadiens et québécois. » Voici l’occasion d’expliquer la logique d’Impératif français.

D’abord, il y a dix ou vingt ans, on pouvait entendre de la musique vocale de langue française (MVLF) sur des stations anglophones de radio, en particulier à Montréal. Il faut se rappeler que les propriétaires des stations de radio de langue française faisaient la guerre à cette pratique. Voulant reconquérir l’auditoire francophone, on avait imploré le CRTC de demander aux stations de langue anglaise de limiter la diffusion de MVLF. Ces pressions et d’autres facteurs (le contexte politique des années 90) auront réussi à écarter complètement les titres francophones des listes de diffusion des stations anglophones.

Après avoir réussi à éliminer complètement la MVLF des fréquences musicales anglophones, les propriétaires de stations de langue française constatent maintenant qu’ils n’ont pas récupéré leur auditoire francophone (le jeune auditoire en particulier). En fait, de l’aveu même de l’Association canadienne des radiodiffuseurs, c’est dans le jeune auditoire francophone que les stations anglophones puisent leur auditoire le plus fidèle. Et qui plus est, ces jeunes francophones branchés sur la radio anglophone sont déconnectés de nos artistes. Ils sont donc dépaysés s’ils s’arrêtent sur les fréquences francophones. L’expérience s’est donc avérée un échec total. Le bouquet, c’est que la réponse de nos radiodiffuseurs francophones est de demander l’autorisation de réduire sur leurs propres ondes la MVLF (qu’ils décrivent comme un « fardeau ») de leur propre programmation. En bout de ligne, si le CRTC devait acquiescer à cette demande, nos artistes paieraient la note une deuxième fois !

La demande d’Impératif français n’est pas si farfelue puisqu’on apprend que trois autres organismes ont demandé dans leur mémoire* au CRTC la diffusion de MVLF sur la radio anglophone. L’Union des consommateurs demande au CRTC « la possibilité d’imposer aux radios francophones et anglophones, un pourcentage minimum de pièces canadiennes en langue française de catégorie 2 » (paragraphe 12). L’ACFO suggère « la diffusion d’un minimum de 10 % de musique vocale canadienne en français par les stations de langue anglaise » (sous-paragraphe 12 b). La Fédération culturelle canadienne-française espère que « les stations de radio commerciale anglophones et francophones canadiennes qui ont accès à un catalogue considérable de pièces vocales de langue française…, vont devoir en favoriser la promotion et une plus grande diffusion » (section 1.1). Aucun de ces organismes n’avait pourtant consulté Impératif français avant de proposer une telle politique au CRTC.

De leur côté, les stations de langue anglaise considèrent que l’exigence de contenu canadien de 35 % que leur impose le CRTC est trop rigoureuse, étant donné que, selon eux, le nombre de titres canadiens vendeurs serait restreint. L’accès à la richesse musicale de la culture francophone serait donc une solution pour ces stations.

Rappelons qu’une exigence de MVLF sur les stations de langue anglaise serait compatible avec les 2e et 3e objectifs énoncés dans l’Avis public 1998-41 du CRTC, soit :
(ii) assurer la meilleure place possible aux artistes canadiens
(iii) garantir le maintien de la présence du français à la radio.

En conclusion, Impératif français rejette l’énoncé suivant dans le paragraphe 61 de l’Avis d’Audience publique 2006-1 : « … le Conseil a toujours estimé qu’il revenait aux radiodiffuseurs francophones de favoriser le rayonnement de la langue française ». Bien sûr, la responsabilité de promouvoir le rayonnement de la langue française revient surtout et d’abord aux médias francophones, mais pas exclusivement à celles-ci. Et dans le contexte canadien, ne jamais entendre de français à la radio commerciale anglaise et beaucoup d’anglais à la radio commerciale française, c’est consacrer l’unilinguisme anglais en dehors du Québec et la perméabilité du Québec à l’américanisation par les ondes.

Jean-Paul Perreault
Président
Mouvement Impératif français

* Ces mémoires peuvent être lus sur le site web du CRTC dans la section des commentaires soumis à l’Avis d’audience 2006-1

Le Droit a publié dans son édition du 24 mai une version abrégée de la réponse ci-dessus de M. Jean-Paul Perreault. Les phrases en gras sont celles que Le Droit a retirées du texte de M. Perreault.

Adresses utiles :
Pierre Jury
Le Droit
pjury@ledroit.com

Jean-Paul Perreault
Impératif français
President@imperatif-français.com

Tout le mémoire d’Impératif français sur la radio commerciale est accessible à : LA RADIO COMMERCIALE


L’éditorial de M. Pierre Jury:

Le Droit
Forum, samedi 20 mai 2006, p. 30

Ah, Jean-Paul…

Autant le français doit rayonner au Canada, autant il faut se demander où Jean-Paul Perreault, le président d’Impératif français, imagine certaines idées. Il vient de suggérer au CRTC qu’il force les radios anglophones à jouer un minimum de musique française.

Seul argument : elles font de l’argent et pas les artistes francophones. Alors les premières devraient en donner aux seconds.

Il y a déjà suffisamment d’efforts qui sont mis à faire respecter des quotas de « contenu canadien » aux radios privées, pourquoi en gaspiller au nom d’un principe qu’Impératif français qualifie d' »inusité » mais que nous appellerons « farfelu » ?

pjury@ledroit.com

(Le 24 mai 2006)