CHANTAGE AU PROTOCOLE DE LONDRES

Oui, la bataille est gagnée. C’est, comme disait Joffre en 1914, une
"victoire incontestable".
Mais faut-il la proclamer telle, au risque de démobiliser, et de s’attirer de
cruelles déconvenues ?
Car nous sommes bien dans une situation semblable à celle de 1914. Nous avons
gagné une bataille, mais nous n’avons pas gagné la guerre.
Quels sont les faits ?
Hier soir, après un débat houleux – et une interruption de séance – le député
Fourgous a retiré son amendement scélérat.
La Loi de Programme pour la Recherche entrera donc en vigueur sans cet
amendement, qui portait ratification du Protocole de Londres.
Mais, comme pour la "constitution" européenne, nos adversaires semblent toujours
aussi déterminés à le faire adopter, coûte que coûte, par la France.
C’est le Ministère "français" des Finances qui pousse à la ratification.
Ce serait un désastre comparable à ce qui se serait passé si la France avait
ratifié l’AMI. Ce combat est de même nature que celui qui est mené pour le
cinéma.
Il est impossible d’en retracer tous les détails. Signalons cependant l’odieux
chantage de dernière minute exercé sur l’Assemblée Nationale : l’Office Européen
des Brevets (OEB) de Munich sera transféré à Strasbourg, avec 300 emplois à la
clé, si vous votez le Protocole de Londres !
Naturellement, si la France avait capitulé, il ne se serait rien passé. Les
Allemands n’auraient pas lâché le morceau. Et de toute façon ces 300 emplois ne
pèseraient pas grand chose, face aux suppressions d’emplois chez les
traducteurs, chez les Conseils en propriété industrielle, et face aux dégâts
causés dans les entreprises françaises.
Mais nous devons dénoncer le procédé.
Ce sont là des moeurs de république bananière.
Et il faut en tirer les leçons :
La charge de la brigade légère a emporté le morceau.
Mais nous avons failli nous laisser surprendre.
Nous ne devons donc pas nous abandonner aux délices de Capoue.
Qu’on ne dise pas de nous, comme du grand général carthaginois :
"Tu sais vaincre, Hannibal, mais tu ne sais pas profiter de ta victoire !"

Denis Griesmar
denis.griesmar@wanadoo.fr

(Le 3 mars 2006)