CHAÎNE FRANÇAISE D’INFORMATION INTERNATIONALE (CFII)

En dépit des assurances données, la chaîne française d’information
internationale* (CFII) diffusera largement en anglais (au moins 50 %). Pour ce
faire la CFII recrute des journalistes bilingues anglais-français ou plutôt
d’après des témoignages recueillis des journalistes de langue maternelle
anglaise parlant également français ! Cette dangereuse tendance est confirmée
par des annonces de postes pour la CFII en anglais.

Cette dérive angloglotte est d’autant plus à craindre que le président
(Alain de Pouzilhac) du directoire de la CFII a affirmé le 4 mars 2006 au Sénat
que la cible de la chaîne était principalement les « leaders d’opinion » dont «
85% ne parlent qu’anglais ».

M. de Pouzilhac – ancien président du groupe Havas débarqué par Vincent
Bolloré et en conflit avec lui sur ses indemnités de départ de 4,4 millions
d’euros – estime qu’il faut que la CFII se soumette à la « déferlante de
l’anglais », pour « passer nos idées » dans cette langue. C’est la politique de
Gribouille.

Il est vrai que choisir comme président de la CFII M. de Pouzilhac qui a fait
toute sa carrière dans le monde anglicisé de la publicité, c’est comme confier
les intérêts de l’expansion de la langue française au British Council.

M. de Pouzilhac risque d’appliquer à la CFII la recette qui n’a d’ailleurs
pas fonctionné chez Havas « Peu importe la nationalité de l’actionnaire et la
couleur du drapeau qui flotte sur la maison mère » (L’Express du 15/11/2004),
remplacez la « nationalité de l’actionnaire » par la langue et la CFII a son
projet.

Vous trouverez ci-joint un article repris du site de l’émission « Arrêt sur
images » de France 5 de juin 2006 qui fait le point de la question.

Très cordialement,

Marc Favre d’échallens
Président de la section de Paris et Île de France
de Défense de la langue française
mfavredechallens@aol.com

* Le nom de "CFII" ne sera pas le nom de la chaîne au moment du lancement des
programmes, mais la décision sur ce point n’est pas encore arrêtée.

France 5 – Arrêt sur images – émission de
Daniel Schneidermann
La télé française : dérangeante ou lisse ?
Dernière diffusion le 11 juin 2006

La CFII en version française sous-titrée

Alain de Pouzilhac, président du directoire de la Chaîne Française
d’Information Internationale (CFII), l’expliquait au Monde, début juin 2006
: "85 % de notre cible ne parlent ni ne comprennent le français". L’objectif
est donc de toucher les "leaders d’opinion" des pays anglophones et
arabophones.

Et le temps presse. "Incroyable quand même, les effets de la
concurrence", s’amusait, fin 2005, le blog Media-TV : "A peine la BBC
a-t-elle annoncé le lancement en 2007 de sa chaîne d’information en arabe
que les ministres se bousculent (…) pour annoncer le lancement imminent de
notre chaîne d’information internationale".

Après la BBC en arabe, c’est au tour d’Al-Jazeera de lancer son service
d’information en anglais, prévu pour ce mois juin 2006. Mais pour le blog Vu
de ma fenêtre : "Cette chaîne va être avant tout concurrente, non de CNN,
mais de TV5 Monde".

Résultat, la chaîne pourrait, selon Jean-Pierre Paoli, diffuser au moins
50 % de ses programmes en anglais, ce qui provoque la colère des défenseurs
de la francophonie. Le Daily Telegraph cite Marc Favre d’Echallens,
président de l’association Défense de la langue française : "Après avoir
commémoré Trafalgar avec les Anglais (…), il est probablement logique
qu’une télévision publique française soit diffusée en anglais". Ce qui fait
dire à Jay, commentant cet article sur le site américain antifrançais
e-nough
, que "Paoli réalise l’impossible en France : il regarde la
réalité en face".

Sur Mondes francophones, Luc Rosenzweig s’en prend directement à Jacques
Chirac, qu’il compare à un "fossoyeur de la francophonie". Un fossoyeur
intéressé, selon lui : "Souci de toucher le maximum d’auditeurs ? Peut-être,
mais aussi et surtout, de ne pas brusquer TF1-Bouygues et sa chaîne d’info
continue franco-française qui entend bien continuer à dominer ce marché".

Autre problème soulevé notamment par la sénatrice Monique Cerisier-ben
Guiga : "Au total, je crains que la CFII ne diffuse que des images
américaines, commentées en français. En effet, l’essentiel est d’être
capable de diffuser des images originales : où la CFII les prendra-t-elle ?
Pas à l’AFP, celle-ci ne produit pas d’images (Ceci n’est pas tout à fait
exact, car l’AFP dispose d’un service Vidéo). Mais le journaliste Robert del
Picchia, qui participait au débat au Sénat, doit bien reconnaître qu’en tant
que "producteur, j’ai été obligé d’acheter des images américaines, parce
que, malheureusement, c’étaient les seules qui étaient disponibles sur le
marché".

Les recruteurs de la CFII se sont donc attachés à rechercher des
journalistes bilingues anglais-français, en attendant le lancement du
service en arabe. Surpris de trouver des annonces rédigées en anglais pour
des postes à la CFII, Amusoire.net ironise : "Peut-être que les dirigeants,
voire son grand initiateur J. C., se rachèteront en donnant un nom français
à la chaîne".

Mais au-delà des problèmes linguistiques, Guillermo s’interroge plus
globalement, sur Radical chic, sur l’utilité de cette chaîne d’information :
"Franchement, si CNN permettait de donner une bonne image des USA au reste
du monde, cela se saurait".

Sites visités entre les 5 et 7 juin 2006.

Sophie Gindensperger

(Le 14 juin 2006)