SURVIE DES CENTRES CULTURELS FRANÇAIS À L’ÉTRANGER

Le Figaro confirme aujourd’hui une information très attristante qui
doit nous mobiliser (voir ci-dessous).

De lourdes menaces pèsent sur les centres culturels à l’étranger et les
Alliances françaises. La promotion de notre langue et de notre culture marque un
nouveau recul.

Après plusieurs villes en Autriche, c’est à Vienne que les cours généraux de
français, dispensés par le centre culturel, vont être supprimés en mars 2006.

Certes, l’état des finances de la France nécessite de revoir d’un oeil
critique toutes les dépenses. Nous estimons toutefois que de telles décisions
doivent faire l’objet d’un débat parlementaire et ne pas être le résultat
d’arbitrages opérés dans le secret des cabinets ministériels.

Les nombreuses associations qui participent à la vitalité de la francophonie
peuvent également apporter des mesures de remplacement à moindre coût. Encore
faut-il les écouter, les encourager et leur apporter un minimum d’aide.

Nous avons interrogé le ministre des Affaires étrangères, M. Douste-Blazy ;
nous attendons sa réponse.

Joyeux Noël quand même !

Marceau Déchamps
vice-président
Défense de la langue française
dlf78@club-internet.fr

A Vienne, les francophiles seront privés de cours

La restructuration de l’Institut français de Vienne
intervient alors que l’Autriche venait de rejoindre l’organisation de la
francophonie.
Maurin Picard
LE FIGARO [21 décembre 2005]

SALE TEMPS pour la francophonie en Europe centrale : l’Institut français de
Vienne, en Autriche, cessera ses cours de français à partir du printemps 2006,
victime des coupes claires affectant le budget des Affaires étrangères.

Mille cinq cents à deux mille étudiants, âgés de 7 à 77 ans, trouveront
portes closes après le 28 février prochain, à la fin du semestre d’hiver.
Dix-neuf fonctionnaires, dont dix-sept professeurs et deux secrétaires, sont
touchés par cette mesure, qui affectera les cours généraux de français, destinés
aux débutants de tous âges comme aux lycéens retardataires.

Officiellement, les cours de français ne s’arrêtent pas puisque l’Institut,
sis dans les locaux du palais Clam-Gallas, sur Währingerstrasse, continuera de
proposer des cours dits «à objectifs», c’est-à-dire consacrés au monde de
l’entreprise, aux juristes ou à d’autres catégories professionnelles.

La restructuration suscite cependant l’inquiétude de la communauté française
de Vienne. Les professeurs remerciés, qu’il s’agisse de licenciements secs ou de
fonctionnaires de l’Education nationale rappelés dans l’Hexagone, ne seront
remplacés que par des vacataires, par mesure d’économie. Les salles de classe
seront quant à elles réoccupées par d’autres services diplomatiques, comme la
mission économique, le consulat ou la Maison de la France, qui doivent jusqu’à
présent acquitter des loyers élevés dans leurs locaux respectifs de Wipplinger
et Argentinierstrasse. Cette décision entre dans le cadre du plan d’action
stratégique du ministère français des Affaires étrangères (voir ci-dessus).

Le problème est qu’en Autriche l’offre de cours de langue française se
réduisait pratiquement aux capacités de l’Institut, qui jouxte le Lycée français
de Vienne. Après la fermeture des Instituts français de Graz et Salzbourg, le
palais Clam-Gallas restait, avec le Lycée, la référence pour l’enseignement de
la langue de Molière. En outre, le moment s’avère particulièrement malvenu. Le
1er janvier, la petite république alpine assumera la présidence de l’Union
européenne pour six mois. Côté autrichien, l’ambiance est morose, justement.

Un moment mal choisi

L’Autriche venait le 20 mars dernier d’adhérer à l’Organisation de la
francophonie (OIF) en qualité d’Etat observateur. Dans les milieux
diplomatiques, il se murmure que Paris aurait pu choisir un autre moment pour
réduire la voilure de l’Institut français. «C’est fort dommage, renchérit
le francophile président de l’Assemblée nationale autrichienne, Andreas Khol,
par ailleurs chef du groupe parlementaire franco-autrichien. L’Autriche est
un centre très actif de la francophonie et les cours de l’Institut ont toujours
eu énormément de succès. J’espère qu’il est encore temps de revoir cette
décision.
»

Les autorités françaises, confrontées à l’ire de la communauté française
expatriée et la circonspection du gouvernement autrichien, ne sont pas au bout
de leurs peines : des plaintes en justice devraient voir le jour à la rentrée.
La loi autrichienne, qui prévoit une consultation préalable obligatoire des
représentants du personnel avant toute mesure sociale, n’a pas été respectée
lors de l’annonce, le 28 novembre dernier, de la restructuration des activités
de l’Institut.

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Menaces sur les centres culturels français

Francophonie Les conditions budgétaires de plus en plus
contraignantes menacent le réseau de centres culturels et d’Alliances françaises
dans le monde.
Alain Barluet
LE FIGARO [21 décembre 2005]

SUR LE FRONT de la politique culturelle extérieure, l’heure est aux révisions
déchirantes. Face à la mondialisation et à l’hyperpuissance américaine, la
France peut-elle maintenir en l’état ses grandes ambitions d’influence et les
outils de son rayonnement dans le monde ? Vastes enjeux. Sur la diversité
culturelle, Paris est en pointe. Mais ses armes financières sont limitées.
L’équation prend des allures de casse-tête, notamment pour le Quai d’Orsay qui
doit gérer, dans des conditions budgétaires de plus en plus contraignantes, les
instruments de cette politique : un important réseau de 153 centres culturels et
de 220 Alliances françaises liées aux ambassades. Soit, en termes d’effectifs,
542 agents expatriés dans 96 pays, 6 000 recrutés locaux (328 agents dans les
Alliances) pour un coût de fonctionnement dépassant les 44 millions d’euros.

De Vienne (lire ci-dessous) à Hanoï mais aussi dans bien d’autres
capitales, le «redéploiement» et la «réorganisation» du réseau suscite craintes
et turbulences dans les communautés d’expatriés. «Ces centres sont des outils
d’influence grâce auxquels on touche et on renouvelle le public francophile, il
ne s’agit en aucun cas de s’en débarrasser mais il faut les moderniser
»,
explique-t-on au ministère des Affaires étrangères. Avec un souci manifeste de
calmer le jeu, on y fait valoir la nécessité d’utiliser au mieux les deniers
publics, compte tenu de contextes locaux particuliers. On invoque aussi
l’impératif du redéploiement géographique qui détermine les priorités : en
Algérie, par exemple, où la situation s’est normalisée après les années de
guerre civile, en Chine «émergente», désormais terrain incontournable pour la
coopération… Mais, au total, les crédits de coopération avec les pays
développés baisseront d’environ 5% en 2006.

Fermetures en rafale

C’est en Europe, là où il est le plus dense, que le «réseau» français est
soumis à la pression la plus forte. Dans de nombreuses villes du Vieux Continent
pétries de traditions et d’histoire, où les intelligentsias entretiennent avec
la France des liens séculaires, il n’y plus guère de situations acquises. Locaux
somptuaires, faibles effectifs étudiants (parfois moins de 300 par an),
médiathèques désertées (souvent moins d’une centaine d’inscr1ptions), les coûts
de fonctionnement sont dans certains cas disproportionnés par rapport à
l’activité. D’où des fermetures en rafale : Kiel, Heidelberg, Erlangen,
Karlsruhe et Bonn en 2001, Sarrebruck en 2002, Porto et Graz en 2004, Gand et
Gênes cette année.

Les autres sont fortement incités à s’autofinancer, en diminuant leurs coûts
de structure, en nouant des partenariats avec les entreprises où en équilibrant
financièrement leurs cours de langue. Cette variable d’ajustement peut se
révéler lucrative. A Hanoï, les tarifs des cours pour les 5 000 étudiants qui
fréquentent annuellement le Centre culturel pourraient être prochainement revus
à la hausse de 25%. A Vienne, les programmes vont être ciblés à destination de
clients rémunérateurs comme les entreprises. «Là où notre réseau est
confronté à la concurrence d’une offre particulièrement fournie (universités,
instituts divers…), il faut nous réorienter vers des publics spécifiques,
comme les professeurs de français, les étudiants avancés, les utilisateurs du
français technique, la formation permanente…
», explique-t-on au Quai
d’Orsay où l’on affirme également que lorsqu’une fermeture est envisagée, on
s’efforce de mettre en place des solutions de substitution. Autre piste, celle
des colocalisations qui permettent des économies substantielles. C’est ainsi que
Français et Allemands ont mis en place des établissements culturels conjoints à
Ramallah, Glasgow, Luxembourg, Palerme, Santa Cruz et Lahore. Pour conserver son
poids culturel et même espérer l’étendre, Paris ne peut plus jouer en solo mais
doit désormais compter sur ses partenaires européens.

(Le 23 décembre 2005)