« ENGLISH FIRST ! »

Il est vrai que, pour des raisons politico-culturo-économiques, imposer
l’anglais par tous les moyens est le but avoué des Anglo-Américains comme le
reconnait explicitement David ROTHKOPF, dir. gén. du Cabinet de consultants
Kissinger Associates : « Il y va de l’intérêt économique et politique des
Etats-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit
l’anglais » (Le Monde Diplomatique, aout 1998). (cf. aussi le
post-scr1ptum)
.

Margaret THATCHER l’a aussi rappelé lors d’une
conférence aux Etats-Unis, où elle s’en est prise violemment à ceux qui
s’opposent à cette évidence : « Au XXIe siècle, le pouvoir dominant est
l’Amérique, la langue dominante est l’anglais, le modèle économique est le
capitalisme anglo-saxon » (Marianne, 31.07.00).

Un plaidoyer sans équivoque pour une puissance
unique, une langue unique, une idéologie unique, un système unique! Bref, des
mots qui se seraient sentis très à l’aise dans la bouche d’un Hitler ou d’un
Staline …

On pousse de hauts cris lorsque le Vlaams Blok
préconise "De Vlamingen eerst" ou qu’un Le Pen proclame "Les Français d’abord",
mais l’on applaudit bruyamment ou l’on se tait servilement lorsque l’on pratique
"The native English speakers first"! C’est déjà ce qui se passe dans la réalité.
Vu la difficulté de maitriser l’anglais (qui n’est pas aussi simple que le
prétend la croyance populaire), l’on en arrive à recruter de préférence des
anglophones de naissance car ils sont plus fiables, plus productifs "in english"
que les allophones. L’Union Européenne sera-t-elle demain "l’Europe du racisme
linguistique institutionnalisé"?

Germain PIRLOT, enseignant

Steenbakkersstraat 21, 8400
0ostende

P.S.

Ce n’est pas un secret que ces intérêts sont liés à la langue, ce qui a été
confirmé par d’autres propos et en particulier par un document qui, lui, a
été soigneusement caché au public : l’"Anglo-American Conference Report1961
"
dans lequel il est écrit entre autre :"la langue maternelle sera étudiée
chronologiquement la première mais ensuite l’anglais, par la vertu de son
usage et de ses fonctions, deviendra la langue primordiale.
"

Imposition de l’anglais
"Si, au mépris de toutes les règles contre la discrimination
linguistique, un grand nombre d’organismes de l’Union Européenne recrutent des
personnes parlant anglais, à condition qu’elles soient de langue maternelle
anglaise, n’est-ce pas avouer implicitement que si l’on ne parle pas
l’anglais depuis sa naissance on ne peut le maîtriser parfaitement, sauf
exceptions rarissimes?

Il est en effet certain qu’il est facile de mal parler l’anglais, mais qu’il
est très difficile de le maitriser vraiment! Où est donc l’égalité linguistique,
où est donc la démocratie, dans les institutions européennes lorsque les textes
ne sont pas traduits dans toutes les langues européennes?

N’est-ce pas là se conformer au voeu clairement exprimé des Anglo-saxons qui
, dans leurs publications en anglais ,comme M.David Rothkopf dans son "Praise of
Imperialism?" (Eloge de l’Impérialisme?) , montrent quels avantages ils en
récolteront "dans les domaines économiques et politiques"? Cette imposition de
"native Eglish speakers" constitue un double danger .Dans une première phase,
c’est obliger les jeunes générations à se trouver en position d’Européens de
second rang
comparés aux anglophones de naissance, et dans une seconde
phase, c’est menacer mortellement les autres langues elles-même, car les langues
sont mortelles. Claude Duneton dans "La mort du français"(Plon éditeur) et
Claude Hagège dans "Halte à la mort des langues"(chez Odile Jacob) essaient
en vain
(?) d’alerter nos contemporains.

Nos responsables auraient intérêt à lire les pages 166 à 168 de "Linguistic
Imperialism", l’ouvrage de Robert Phillipson ( professeur anglais, maître de
conférences en anglais et en pédagogie des langues, enseignant à l’Université de
Roskilde(Danemark). Ils y trouveraient les termes du rapport confidentiel
d’une Conférence anglo-américaine
tenue en 1961 pour définir une stratégie
de l’expansion de la langue anglaise, dans le but avoué de servir leur économie
et leur politique, en faisant adopter à tous leur vision du monde ! Robert
Phillipson souligne page 168 l’argument développé par Richards : "L’anglais
doit devenir la langue dominante remplaçant les autres langues et leurs visions
du monde : CHRONOLOGIQUEMENT LA LANGUE MATERNELLE SERA ETUDIEE LA PREMIERE MAIS
L’ANGLAIS EST LA LANGUE QUI PAR LA VERTU DE SON EMPLOI ET DE SES FONCTIONS
DEVIENDRA LA LANGUE FONDAMENTALE
".

Robert Phillipson ajoute que ce rapport fut "écrit pour l’usage interne du
British Council et, qu’en conséquence, son contenu diffère de celui des textes
équivalents destinés à être publiés pour le grand public: il en dit long sur le
contenu de l’idéologie dominante et sur ce qui se cache derrière la rhétorique
de compréhension internationale proclamée à l’extérieur ".

Selon Richards (1961), "un ministre de l’éducation peut ne pas être un
bon juge des intérêts de son pays et il convient de lui rappeler que l’anglais
est le véhicule de tout ce qui a été pensé et senti au cours des siècles , comme
il est la clé de l’avenir prodigieux qui nous attend. Si les pays
non-anglophones peuvent décider eux-mêmes de leur politique, ils ont néanmoins
besoin d’être guidés fermement afin qu’ils puissent apprécier ce qui est bon
pour eux. En conséquence si les Ministres de l’Education manquent de reconnaître
cette vérité, parce qu’ils sont aveuglés par leur nationalisme, c’est le devoir
des représentants du noyau des anglophones de passer outre "(page 167).

(Le 31 octobre 2005)