OBJECTIFS DE LA CHARTE BAFOUÉS

Je me suis plaint auprès de l’OQLF du manque total de service en français
dans Dollar Empire Gatineau

La réponse, comme beaucoup d’autres que j’ai reçues (en effet, j’en ai assez
pour tapisser mon bureau), prétend que « [l]a situation que [je] décri[s] dans
[ma] plainte, même si elle ne concorde pas avec les objectifs généraux de la
Charte, ne constitue pas une dérogation permettant une intervention de nature
pénale au regard des textes législatifs en vigueur. » Les articles de la Charte
de la langue française dont il est question, « touchant les droits linguistiques
fondamentaux, … de ce fait n’ont qu’un caractère déclaratoire. Ils ont pour
fonction d’orienter l’interprétation de l’ensemble du texte législatif, mais ne
définissent aucune infraction dans des termes propres à autoriser des poursuites
pénales, du moins contre les entreprises qui n’emploient pas au moins cinquante
personnes au Québec. »

Voilà. En réalité nous n’avons pas le droit d’être servis dans la langue de
Molière. Les entreprises, par contre, ont bel et bien le droit de nous imposer
la langue anglaise et de faire fi de la nôtre.

Mais, chers concitoyens, ne croyez pas que notre brave OQLF n’ait pas agi.

En effet, il « est quand même intervenu auprès de l’entreprise pour lui
signaler la plainte et pour lui rappeler qu’il incombe à tous les citoyens et
commerçants du Québec de faire en sorte que le français soit utilisé de manière
normale et habituelle dans le domaine du commerce et des affaires.

L’Office a aussi avisé l’entreprise qu’il ferait une démarche similaire à
l’avenir, si une nouvelle plainte lui était acheminée. »

Après une si vigoureuse intervention, l’entreprise tremble sans doute comme
une feuille. Elle doit avoir une peur bleue de faire éventuellement l’objet
d’« une démarche similaire » — une lettre précisant que l’OQLF ne peut ni ne
veut intervenir et que la Charte de la langue française n’empêche en rien que
ses « objectifs généraux » soient bafoués.

J’espère qu’un jour nos « droits linguistiques fondamentaux » auront bien
plus « qu’un caractère déclaratoire ». Chose certaine, ni l’OQLF ni la Charte de
la langue française ne les fera valoir. Les droits censés être garantis par la
loi ne sont que des mots creux. Pour se faire respecter il faut résister, il
faut lutter — et ne pas croire qu’une bureaucratie souvent traitée de « flics
langagiers » ou de « nazis » par les anglolâtres ne soit pas leur laquais,
conscient ou inconscient.

Aux armes, citoyens !

Scott Horne
shorne@hornetranslations.com

(Le 7 mai 2005)