LA GUERRE LINGUISTIQUE

Nous remercions le correspondant qui nous a communiqué cet article extrait du
Figaro international,
http://www.lefigaro.fr/international/.

Le conflit communautaire se radicalise
Belgique : les Flamands rallument la guerre linguistique

Bruxelles : de notre correspondant Pierre Avril
[20 mai 2005]

En Belgique, la guerre communautaire qui oppose Flamands et francophones, ne
connaît aucun répit. Trois jours après avoir dû accepter un armistice de façade,
la majorité parlementaire néerlandophone du pays vient de relancer une nouvelle
offensive visant à «flamandiser» une partie importante de la périphérie de
Bruxelles, peuplée d’environ 560 000 habitants, et aujourd’hui parfaitement
bilingue. «Le gouvernement flamand prendra des mesures concrètes pour ancrer
plus profondément l’intégrité territoriale de la Flandre»
, a déclaré le
président de l’exécutif flamand, Yves Leterme. Ces dispositions, affirme ce
dernier au Figaro, sont «comparables à celles que prendrait le Québec pour
sauvegarder l’usage de la langue française».

Dans ces districts du nord de la capitale, peuplé de deux tiers de
néerlandophones et d’un tiers de francophones, ces derniers auraient un accès
plus difficile aux documents administratifs rédigés en français. Les inspections
pédagogiques des écoles francophones du territoire seraient conduites par des
fonctionnaires flamands qui veilleraient ainsi à l’application d’une lecture
communautaire de l’histoire belge. Par ailleurs, la Flandre se déclare prête à
mobiliser 25 millions d’euros pour faciliter le logement de personnes
«flamandophiles» dans les logements sociaux. Les panneaux de signalisation,
aujourd’hui bilingues, feraient la part belle au néerlandais, au détriment du
français. Loin de se limiter aux arrondissements nord de Bruxelles, l’offensive
pourrait également gagner la région capitale, peuplée elle de 85% de
francophones : la nomination d’un médiateur, chargé d’instruire les plaintes des
Flamands s’estimant mal accueillis dans les hôpitaux bruxellois, est à l’étude.
Histoire de stimuler l’implantation de néerlandophones dans la capitale, la
Flandre envisage également de leur payer leur redevance télé.

«Nous avons affaire à une radicalisation tous azimuts du conflit
communautaire»
, analyse André Paul Frognier, professeur à l’Université
catholique de Louvain. Il y a une semaine, les parlementaires flamands ont
échoué à obtenir la scission électorale de cet arrondissement de Bruxelles,
baptisé Hal Vilvorde, qu’ils réclamaient assidûment depuis un an. Ce projet,
dont la négociation a failli conduire à la chute du premier ministre fédéral,
Guy Verhofstadt, s’est vigoureusement heurté à l’opposition francophone. «Les
politiques flamands, qui ont eu le sentiment d’avoir été bafoués, reviennent à
la charge, en cherchant à restreindre les droits des francophones»
, explique
Vincent de Coorebyter, directeur général du Centre de recherche et d’information
socio-politique, un think tank belge. «Dans cette affaire, la confiance
des Flamands a été secouée. C’est pourquoi nous devons leur envoyer un signal
indiquant que nous voulons lutter contre les ségrégations dont ils font l’objet
et le sentiment qu’ils ne sont parfois plus chez eux», confirme Yves Leterme.
Cette offensive promet d’empoisonner à nouveau la vie politique du royaume. Les
partis francophones se déclarent prêts à défendre les droits de leur communauté,
au besoin devant le Conseil de l’Europe.

(Le 20 mai 2005)